Le mari de Claire

Chapitre 4

Si je restais à la maison avec Claire, même à ses conditions, j'avais encore une chance de récupérer la situation. Un nouveau départ... Si je partais, nous ne nous verrions probablement presque plus, et elle pouvait commencer à fréquenter un autre homme. Ho, non ! Je ne pouvais supporter l'idée de savoir Claire avec quelqu'un d'autre. Cela m'aurait anéanti. Non, j'avais donc décidé d'accepter les conditions que les deux femmes m'avaient exposées, mais j'avais l'intention d'y apporter quelques modifications. Je passai en revue toutes les nouvelles règles qu'elles voulaient mettre en place et m'imposer, et essayai d'imaginer des arrangements pour certaines d'entre elles, des assouplissements, voire même des annulations pures et simples.

Avec toutes ces pensées se bousculant dans ma tête, je n'entendis pas Claire entrer dans la pièce, jusqu'au moment où elle s'assit au bout du canapé.

"Tu dors ?" demanda-t-elle.

C'était ce que je pouvais entendre de plus beau sur cette terre. En temps normal, ma réponse aurait été "oui", et cela aurait été probablement un prélude à une relation sexuelle. Les premières lueurs de l'aube perçaient à travers les rideaux et éclairaient la pièce. Claire était magnifique dans la pénombre. J'avais toujours trouvé ma femme superbe, que ce soit à la lueur de la lune ou du soleil, mais je me dis que je voudrais me souvenir d'elle pour toujours telle que je la voyais là, à cet instant précis.

"Claire..." commençai-je, mais elle mit son doigt sur ma bouche pour me faire taire.

"Je veux que tu te sentes à l'aise avec cette nouvelle situation. Et ce n'est pas le cas, n'est-ce pas ?" Sa voix était douce et chaleureuse, et ses paroles coulaient comme du miel. Mon ancienne Claire était revenue durant la nuit, et je l'aimais plus que jamais.

"Bon dieu Claire, serais-tu à l'aise si toi-même tu devais vivre cette situation ?"

"Mais c'est comme ça. Les conditions changent, nous devons modifier nos habitudes et nous adapter. Nous ne pouvions continuer de la façon dont nous vivions avant. Nous en serions venus à nous détester. Nous avons vécu tant de choses ensemble, et à chaque fois que quelque chose n'allait pas, nous avons toujours réussi à trouver une solution. Ce qui nous arrive en ce moment n'est qu'une nouvelle phase dans notre vie commune. Je vais prendre ta place à la tête du couple, mais j'ai besoin de toi derrière moi. Moi, dans ta situation, je t'aurais soutenu sans retenue." Elle effleura mes jambes, et cela me fit comme l'effet d'un choc électrique. Elle se glissa vers moi le long du canapé et me prit dans ses bras, m'étreignant : "je veux ça Louis, je veux que notre nouvel arrangement soit concluant et positif." Elle sentait merveilleusement bon, et je me sentis fondre entre ses bras.

"Tu es un bon travailleur, tu dois juste appliquer la même conscience professionnelle à ta nouvelle situation." Sa main s'insinua entre mes cuisses, puis elle me fixa des yeux : "je veux que tu m'aides à ce que ça marche."

Après quelques instants j'aquiescai de la tête.

"D'accord," concédai-je. "Je ferai de mon mieux. Maintenant approche- toi."

Elle recula vivement. "Ho non, ne commençons pas quelque chose que nous n'aurions de toute façon pas le temps de finir, et en plus il y a du boulot qui t'attend." Elle se leva et me tendit la main pour me guider vers sa chambre.

"Je veux que tu retires tous tes vêtements de ces tiroirs", dit-elle en ouvrant le tiroir supérieur de la commode. Jusqu'ici nous avions partagé ce meuble, avec la partie gauche pour elle et la partie droite pour moi.

"Les petites culottes dans le tiroir du haut, les soutiens-gorge dans le second, les strings dans le troisième, et les bas et collants dans celui du bas."

Quelque part durant le trajet entre le canapé et la chambre l'ancienne Claire avait disparu et la nouvelle avait repris sa place...

"Je vais prendre une douche. Prépare-moi mon ensemble bleu, avec une chemise et des sous-vêtements blancs, puis monte une tasse de thé à Jeannette. Pour moi je prendrai au petit déjeuner un oeuf sur le plat avec du café," puis elle disparut dans la salle de bains.

Les mots de Claire résonnaient encore dans mes oreilles alors que je montais les escaliers vers la chambre de Jeannette. J'étais un bon travailleur. J'avais toujours bossé dur : je venais de passer plus de dix ans dans mon entreprise avant d'être licencié. J'avais fait cinq années de stages et d'études avant ça, tout en distribuant des prospectus ou en lavant des voitures pour me financer. J'étais volontaire et je pouvais faire preuve d'adaptation : si des aspects d'un boulot ne me plaisaient pas, j'étais capable d'essayer de les rendre moins désagréables. Après tout je devrais être tout à fait capable de servir Claire, il suffisait de considérer ça tel un job comme un autre...

Je frappai à la porte de la chambre de Jeannette.

"Entrez !" dit-elle. Je pénétrai dans la pièce, pour la découvrir debout près de la fenêtre, complètement nue, à l'exception d'un string en satin blanc. Elle était en train d'attacher son soutien-gorge, passé autour de la taille.

"Je suis désolé, je pensais..."

"Ne pense pas, on s'en charge pour toi. Pose la tasse sur la table. Je descends dans quelques minutes."

J'étais occupé en cuisine quand les deux femmes arrivèrent ensemble. C'était une matinée de printemps splendide, du genre que l'on peut avoir ici en région parisienne, mais pas assez souvent hélas. En temps normal mon moral aurait dû être au beau fixe, mais aujourd'hui j'étais plutôt inquiet de la façon dont la journée allait se dérouler. Claire et Jeannette étaient toutes deux habillées en jupe et chemise, elles n'avaient pas pris leur veste avec elles. Elles avaient l'air de deux femmes d'affaire, efficaces dans leur travail. Moi, dans ma tenue habituelle composée d'un Jeans et d'un T-shirt, j'avais la très nette impression de me sentir inférieur.

Elles s'assirent en silence pour manger leur petit-déjeuner, et je me retrouvais très intimidé par leur présence. Puis Jeannette prit la parole.

"J'ai besoin des papiers pour la maison, Claire. Où est-ce que je peux les trouver ?"

"Tous les documents sont là," dit-elle en emmenant Jeannette vers le bureau. Pendant ce temps je me mis à débarrasser la table. J'essayais de tendre l'oreille pour capter des bribes de leur conversation, mais je ne pus rien entendre. Après quelques minutes Claire revint dans la cuisine.

"Je dois y aller. Jeannette te dira tout ce que tu as à faire. Elle a préparé un programme spécial pour toi aujourd'hui. Je te verrai ce soir. Et rappelle-toi ce que je t'ai dit." Elle me donna un rapide baiser et sortit de la maison. Je pouvais encore entendre le bruit de la voiture de Claire s'éloigner quand Jeannette entra à son tour.

"A genoux ! Quand je rentre dans une pièce où tu te trouves, tu dois te mettre à genoux immédiatement et baisser la tête, jusqu'à ce que je quitte la pièce ou bien que je te dise de faire autrement. Tu as compris ?"

"Oui Maîtresse Jeannette," répondis-je, puis j'obéis en m'agenouillant.

"Je veux que tu mettes tous les vêtements que tu possèdes, je dis bien tous, quels qu'ils soient, dans des sacs poubelle. Suis-moi."

Je me mis à ramper à quatre pattes derrière Jeannette avec un rouleau de gros sacs de jardinage dans une main, la suivant vers la chambre de Claire. Jeannette tira tous les tiroirs et en sortit mes chaussettes, slips, cravates, mouchoirs, absolument tout, pour les jeter à terre. Puis elle se dirigea vers les armoires et en retira mes chemises, T-shirts, pull-overs, jeans, pantalons, costumes, manteaux pour les mettre également sur le sol.

"Emballe tout ça," me dit-elle. J'obéis, et en silence je mis toutes mes affaires dans les sacs. Elle me surveillait pendant que je suivais ses instructions, fermant chaque sac après les avoir remplis. Je remplis ainsi cinq sacs avec mes vêtements, et deux avec mes chaussures et mes bottes. Elle chercha dans toute la maison, trouvant ça et là une paire de chaussures de football, un vieux maillot de rugby, les vêtements sales du panier à linge, une écharpe. Elle trouva tout. Cela me prit encore une heure pour emballer tout ça. Il me semblait que j'avais épuisé toutes les larmes de mon corps.

"Jette ces sacs dehors, je m'en occuperai après."

Jeannette me questionna ensuite sur les photos et les posters de la chambre, me demandant quelle famille y était représentée, ou bien qui les avait achetés. Tout ce qui m'appartenait ou me représentait fut enlevé.

Puis je refis le lit de Claire avec des draps et une couette propres, et quand j'eus fini toute trace de moi avait disparu de la pièce.

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