Damien en Tunisie

Chapitre 18

J’étais devant l'entrée du restaurant. Très chic. très classe. J’ai franchis le seuil. Un majordome s’est précipité vers moi d’un air obséquieux.

- Que puis-je pour vous Monsieur.. Ce restaurant ne reçois que sur réservation...

Je lui ai tendu la carte que j’avais trouvé avec le billet d’avion et la réservation de mon hôtel.

Il s’est tellement penché pour me saluer que j’ai eu l’impression qu’il allait se casser.

- Si Monsieur veut bien me suivre.... Monsieur est attendu dans un des salons du premier étage....

Nous avons traversé la salle entièrement occupée par des hommes d’affaires de toutes nationalités. Le cadre était superbe, mais je n’ai pas eu le temps de le détailler.

Un escalier... Un long couloir... Beaucoup de porte fermées. Aucun bruit.... Moquette épaisse dans les tons bleu et or... Décoration clinquante et tapageuse...

Le majordome frappe à une des portes. Une invite à entrer. Il ouvre et s’efface pour me laisser passer avant de refermer la porte derrière moi.

Un homme s’est dirigé vers moi. Carrure imposante. Epaisse crinière. Il m’a tendu la main. Voix virile et chaude.

- Bonjour Damien..... Ç'a fait longtemps

J’ai cru m’évanouir en reconnaissant Khaled . Il n’était pas seul. La femme vêtue dans un costume traditionnel s’est jetée à mon coup pour me couvrir de baisers. J’ai éprouvé un sentiment d'allégresse indescriptible. Je venais de retrouver Khaled et Sylvie . J’ai compris à ce moment précis, à quel point ils m’avaient manqué. Je suis resté complètement abasourdi devant eux.

Pendant toute la durée du repas, nous avons discuter de tout et de rien nous racontant nos vies respectives. Moi surtout, décrivant mon boulot ma famille.

J'étais très heureux d’être ici. Sylvie était resplendissante. Sure d’elle. D’une sensualité exacerbée dans ces vêtements orientaux qui lui allaient si bien.

Les plats se succédaient sans arrêts, mais nous y touchions à peine, tout à la joie de nos retrouvailles.

A la fin du repas, nous sommes allés nous asseoir sur le canapé. Sylvie nous faisait face assise sur un fauteuil. Khaled a demandé au maître d'hôtel de ne plus nous déranger.

- Tu veux un alcool?

- Non merci. Je ne bois pas.

- Si nous en venions au contrat.

- Dois je comprendre que tu m’a choisi

- Presque mon ami, presque, mais il faut quand même régler certains détails car tu n’es pas le mieux disant sur le marché.

- Je suppose que je suis trop cher?

- Un peu trop oui...

- Cela peu se discuter....

- Je le pense aussi. Cela dépend de toi. Je ne te cache pas que je cherche avant tout un partenaire en qui je peux avoir toute confiance.

Il m’a regardé droit dans les yeux. Un bref moment, j’ai retrouvé l’expression du maître sur son soumis.

- Je sais que je peux avoir toute confiance en toi et que tu sauras te taire, et être discret.... Je sais que tu sais te taire quand il faut....

C’était une menace à peine voilée et j’ai bien compris l'allusion à ce qui s’était passé il y a plus de quinze ans. Je n’en avais effectivement jamais parlé à Sylvie, ni à personne d’ailleurs. C’est curieux mais, j’étais content qu’il s’en souvienne.

- Je saurais être discret... J’ai l’habitude. Dans mon métier, nous sommes souvent confrontés à ce genre de problème et notre déontologie nous interdit de raconter ce que nous voyons chez nos clients.... Les plus grands pays me font confiance....

Sylvie a interrompu notre conversation.

- Tu es toujours aussi superbe Damien

- Je te remercie mais je commence vieillir.

- Ne dit surtout pas cela... N’oublie pas que j’ai le même âge que toi... Je ne me sens pas vieille du tout.

- Tu es magnifique....

- Tu as raison Damien, j’ai une femme magnifique. Sans elle, jamais je n’aurai réussi.... Te souviens-tu de ces vacances que vous avez passé ici... Je suis sur que tu n’as rien oublié...

- Il m’est difficile d’oublier... C’est grâce à moi que tu a connu Sylvie, et que vous êtes ensemble...

- Si tu veux.... C’est une manière de présenter les choses..

Nous avons rigolé les trois, mais l’atmosphère avait subtilement changé entre nous. Les deux me regardaient en souriant. Il y avait une vraie connivence entre eux. Je savais qu’il ne fallait pas revenir sur le contrat.

- Et Mourad?

- Oh il va bien. Il occupe aussi un poste important. Il dirige l’agriculture de mon pays.....

Nouveau regard appuyé, mais c’est Sylvie qui a parlé

- Il s’occupe aussi de la pêche

Je me suis senti légèrement rougir. Sylvie et Khaled me regardaient avec un petit sourire en coin. Je me suis raclé la gorge

- Si nous revenions à nos affaires.

- Je suis sure que Khaled et toi, vous trouverez un arrangement. Cela te permettra de revenir souvent. J’aurai plaisir à te voir de temps en temps.... Mais moi aussi j’y met une condition à ce contrat...

Elle regardait son mari. Je ne comprenais plus très bien ou nous étions dans cette conversation. Khaled lui a fait un signe de tête comme pour l’autoriser à continuer.

- Tu t’y connais en informatique?

Elle a rigolé longuement de sa voix si envoûtante. Khaled s’est joint à elle et je me sentais un peu bête de ne pas participer à cette euphorie que je ne comprenais pas.

- Cela n’a rien à voir avec l’informatique.... Je voudrais simplement que tu me rendes ce que tu me dois....

Je comprenais de moins en moins la tournure que prenait la conversation dans ce salon feutré, à l’abri de regards indiscrets et de la frénésie de la ville.

Manifestement, ils avaient préparé cet entretien ensemble. Je la regardais dans l’attente de précision. Elle a soutenu fièrement mon regard. C’est Khaled qui a repris.

- Tu auras ce marché Damien. Je sais que tu sauras te taire. Nous connaissons tes compétences. Et le prix n’est pas un réel obstacle à notre partenariat.... A une condition.... Et même si tu refuses de t’y soumettre, je te donnerais quand même l’affaire.... Vas-y ma colombe demande lui de te rendre ce que tu veux....

J’ai regardé Sylvie et je devais avoir l’air inquiet.

- N’ai pas peur Damien, je ne veux rien d’extraordinaire.....

Elle a bu de l’eau. Manifestement, elle savourait un moment longtemps attendu et cela ne faisait que renforcer mon inquiétude.

- Toi tu m’a vu.... Khaled et Mourad m’ont tout raconté.... Nous parlons souvent de toi.... Je ne savais pas que tu étais derrière le grillage.... A les entendre tu avais aussi pas mal de prédispositions pour..... la chose....

Mon regard était accroché à ses lèvres pulpeuses d’un rouge très sombre. Elle parlait très lentement en détachant chaque syllabes et ses paroles me brûlaient le cerveau et le corps.

Les années s'effaçaient d’un coup et je devenais à nouveau le jeune étudiant timide et docile. Je n’étais plus un chef d’entreprise mais un adolescent rouge de confusion et de honte.

Elle s’est levée pour se diriger vers un petit réfrigérateur camouflé dans une commode et en a extrait une petite bouteille de coca qu’elle m’a ostensiblement montrée. Puis elle a lentement versé le liquide pétillant dans un long verre qu’elle m’a tendu d’une main gracieuse aux ongles longs et parfaitement manucurés. Elle à bien vu que ma main tremblait.

- Tu aimes toujours le coca?

Il y avait un brin d’ironie dans sa voix langoureuse. Machinalement j’ai pris le verre en regardant la petite bouteille sur la table basse devant moi. J’avais chaud. J’ai desserré le col de ma chemise. Khaled me regardait en souriant. Ils m’ont fait penser à deux chats en train de jouer avec une malheureuse sourie. Et comme la sourie, je savais qu’ils allaient me manger.

Je n’arrivais pas à détacher mes yeux de la petite bouteille posée sur la table basse devant moi. J’ai bu lentement le verre de coca pour me donner une contenance. J’avais beaucoup de mal à avaler. Sylvie à repris la parole.

- Mourad regrette beaucoup de ne pouvoir être avec nous. C’est lui qui nous a dit que tu aimais le coca... Sous toutes ses formes... Moi qui ne me suis doutée de rien.... C’est vraie que j’étais trop amoureuse de mon homme pour faire attention à ce qui t’arrivait. A les entendre ces deux là, il parait que tu ne te défendais pas beaucoup.... Ils m’ont tout raconté et maintenant il faut me rendre ce que tu as vu.....

Elle m’a fixé droit dans les yeux en vidant le reste de la bouteille dans mon verre. Elle était d’une beauté à coupé le souffle avec son corps dont je me souvenais du moindre détail, moulé dans cette djellaba et son visage maquillé à l’orientale. J’avais beaucoup de mal à parler. Ma voix était nerveuse et hésitante.

- Je ne comprend pas Sylvie.... Tu veux quoi?...

Elle ne m’a pas répondu tout de suite. Ses mains jouaient avec la petite bouteille de coca. Un sourire a étiré ses lèvres charnues. Khaled est intervenu:

- Dis lui ma colombe..... Vas-y....

Nos regards se sont soudés l’un à l’autre. D’une voix très ferme et sure d’elle, elle a repris.

- J’aimerai que l’on retrouve le temps passé.

Elle m’a servi un nouveau coca et jouait nerveusement avec la bouteille vide en me regardant fixement.

- Damien?

Je n’arrivais pas supporter les braises de son regard et ne comprenais absolument pas ou elle voulait en venir. Malgré ma gêne à la trouble évocation du passé, j’ai brusqué ma voix:

- Oui Sylvie.... Que souhaites tu?.... Dis le moi...

Un éclair de colère dans ses yeux. Une voix dure que je ne lui connaissais pas.

- Je veux..... Je veux que mon mari t’encule... Ici... Devant moi..... Comme Mourad l’a fait devant d’autres...... Comme ce que tu a vu dans le hammam ce jour là....

Comme je l’a regardais d’un air effaré, elle a ajouté d’une voix brusquement devenu douce.

- S’il te plaît comme au bon vieux temps..... Tu nous a vu Khaled et moi.... Je voudrais voir moi aussi....

J’étais complétement décontenancé par la tournures que prenaient les événements. Je les dévisageais stupéfié et le fin sourrire narquois de Khaled ne m’a pas échappé. Sylvie a repris la parole.

Sa voix a vite remplacé la supplique par de l’autorité. Comme par magie, elle est devenue brusquement cynique et arrogante.

- Je suis sure que tu en as envi... Il parait qu’il faut qu’on te force un peu.... Nous pouvons appeler le majordome....

Comme un automate, je me suis levé. Khaled aussi. Je ne savais ni quoi dire, ni quoi faire. Je ne voulais ni rester ni partir. Mon visage devait être cramoisi. Tous les souvenirs ressassés pendant ma promenade pesaient sur moi. Je me sentais craquer.

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