Mon mari est devenu mon domestique

Chapitre 8

Et la vocation me vint

La vie continuait suivant cette nouvelle relation que m'avait imposée Martine : elle passait ses week-ends avec Paul, puis la semaine elle restait à la maison, où je la servais comme une reine. J'avais perdu toutes mes illusions désormais, et je savais que je n'étais pas de taille à lutter avec un bel homme tel que Paul. Il venait d'ailleurs de prendre du galon et était passé directeur de département, et ses nouvelles responsabilités lui prenaient certainement beaucoup de temps, mais cela ne semblait pas gêner Martine. Mon seul espoir pour qu'elle reste avec moi était de la servir de mon mieux, afin qu'elle continue à trouver un intérêt à me garder auprès d'elle.

Un jour j'informai ma femme que je devais partir la semaine suivante en stage de formation à Lyon pour mon entreprise, et que je ne serai de retour que vers 17 h le samedi. Elle téléphona le soir même à Paul et elle me dit qu'il en profiterait pour venir passer cette semaine à la maison, mais qu'ils seraient partis tous les deux avant mon retour.

Je passai la semaine suivante à Lyon comme prévu, mais le vendredi soir on nous annonça que la session du samedi matin était annulée. C'était trop tard pour échanger ma réservation de retour pour le soir même, mais par contre je réussis à trouver une place en TGV pour samedi matin très tôt. Je rentrais donc à la maison samedi dans la matinée, plus tôt que ce que j'avais dit à Martine.

Sans surprise, la voiture de Paul était devant la maison. J'allai acheter des viennoiseries à la boulangerie, puis rentrai sans faire de bruit pour ne pas les réveiller, car il n'était que dix heures. Vers onze heures je les entendis discuter dans la chambre, aussi allai-je dans la cuisine faire du jus d'orange puis chauffer du café pour Paul et du thé pour Martine. Je présentai soigneusement tout sur un plateau, comme l'exigeait ma femme, puis allai taper à la porte de leur chambre, en disant : " petit déjeuner ! "

Martine, étonnée, me dit de rentrer, et je leur apportai le plateau sur le côté du lit, en leur expliquant que la formation s'était terminée plus tôt que prévue et que j'en avais profité pour leur faire cette petite surprise. Paul était visiblement sidéré par mon attitude, mais Martine semblait extrêmement satisfaite. Moi, je me sentais parfaitement à l'aise dans mon rôle, que j'avais maintenant accepté : celui de servir la femme que j'aimais sans plus me poser de questions, sans attendre quoi que ce soit en retour.

Quand ils m'appelèrent pour que je débarrasse le plateau, je leur demandai s'ils comptaient rester là ce week-end. Martine devait se sentir malgré tout un peu gênée par cette situation car elle me répondit qu'ils partiraient en début d'après-midi. Par contre en attendant elle me demanda de leur préparer le déjeuner.

J'allai au marché acheter de quoi leur préparer le repas, puis me mis à la cuisine jusqu'à une heure. Je mis la table et les appelai quand ce fut prêt : ils étaient encore dans la chambre, et ils apparurent, habillés tous les deux, un quart d'heure plus tard. Je les servis dans la salle à manger, remplissant leur verre à chaque fois que nécessaire, et en leur apportant les plats suivants à chaque fois qu'ils avaient terminés.

Quand ils eurent finis de manger ils préparèrent leurs affaires pour partir, pendant que je débarrassais la table. Au moment de quitter la maison, Martine m'appela pour que je la chausse. Pendant que, à genoux devant elle, je lui enfilai ses bottes, Paul dit : " hé bien dis donc, quel changement ! ".

"Tu as vu chéri ?" lui répondit-elle fièrement. Puis, baissant la tête vers moi alors que je lui enfilais la deuxième botte, elle m'ordonna : " Dis-moi, Julien, quand tu auras fini avec moi, tu aideras Paul à se chausser. " Docilement, je pris les chaussures de Paul, et, toujours à genoux, lui enfilai et les laçai. Quand ils partirent, Martine me lança une dernière fois : " et nettoie bien toute la vaisselle et le linge qu'on t'a laissés ! ".

Une fois seul, je pus enfin manger, car j'avais l'estomac dans les talons. Je m'attelai ensuite à ranger d'abord la cuisine : dans l'évier s'entassait une semaine de vaisselle. Cela me prit une bonne heure, puis j'allai dans la chambre et ramassai les affaires sales qui jonchaient le sol. Je dus faire trois lessives dans la journée pour tout laver, d'autant plus qu'il y avait également le linge sale de Paul, et que moi-même j'avais ramené un sac de vêtements de ma semaine à Lyon.

Je consacrai le dimanche à faire beaucoup de repassage, puis passai partout l'aspirateur et enfin je nettoyai la salle de bains et les toilettes. Dimanche soir la maison était redevenue propre comme un sou neuf.


Martine ne rentra que lundi dans la journée, aussi ne la revis-je pas avant lundi soir quand je revins du travail. Dès qu'elle me vit, elle me demanda des explications sur mon attitude de samedi, où j'avais semblé être heureux de mon sort. Nous eûmes alors une grande discussion, chose qui ne nous était plus arrivée depuis des mois. Je lui dis la vérité, c'est-à-dire qu'avec le temps j'avais fini par accepter ma situation, et que je ne pouvais pas lutter contre un homme tel que Paul. Mon seul moyen de rester auprès d'elle était de la servir fidèlement, mais je savais très bien qu'elle finirait par épouser Paul, et je lui déclarai que je ne lui mettrai pas de bâtons dans les roues pour le divorce.

J'ajoutai que d'être traité tel un domestique était pour moi comme une sorte d'expiation de ma faute, lorsque j'avais invité Paul pour la première fois et que j'avais eu l'audace de me servir d'elle pour amadouer mon chef. Avec le temps, la servir était devenu le seul lien qui me rapprochait d'elle, et je m'étais mis à apprécier le fait d'être à ses ordres. Quand je lui avouai cela, elle conclut ainsi : " soit, si tu aimes me servir, j'ai une amie qui vient jeudi vers quinze heures prendre le thé, je te ferai passer pour mon domestique, alors à toi de jouer ! "

Pour préparer ce que je considérais comme une sorte d'épreuve qu'elle me faisait passer, je pris deux journées de congés, mercredi et jeudi. Je passai la journée du mercredi dans une boutique spécialisée dans les uniformes, puis finis par acheter deux tenues de domestique après en avoir essayé plusieurs, que j'enfilai le soir même pour les montrer à Martine. Elle parut satisfaite, et me demanda de mettre pour le lendemain la tenue noire, agrémentée d'un gilet à rayures verticales noires et jaunes. L'autre resterait en réserve dans le cas où la première serait tâchée.

Le jeudi arriva, et à quinze heures quand la sonnette de la porte d'entrée tinta, j'allai ouvrir. Je fis entrer l'amie de Martine, qui se prénommait Charlotte, en la débarrassant bien sûr de son manteau, puis j'allai préparer le thé pendant que les deux femmes s'asseyaient tranquillement au salon. Charlotte faisait partie des nouvelles connaissances que ma femme avait faites dans son club d'équitation, où elle venait de s'inscrire quelques mois auparavant. Elle n'avait jamais pratiqué ce sport, mais sur les conseils de Paul elle s'était inscrite pour prendre des cours. Martine semblait apprécier ces nouvelles activités physiques qui lui remplissaient ses journées en semaine.

Je fis de mon mieux pour les servir durant les deux heures où Charlotte resta, en essayant de ne faire aucune faute dans le langage et dans le service. Je m'adressais à Martine à la troisième personne, en l'appelant Madame : " Madame est servie ", " Madame désire-t-elle encore du thé ? ", etc. Cela parut l'impressionner. Quand Charlotte eût pris congé, Martine me dit en riant que son amie lui avait même demandé à quelle agence elle s'était adressée pour avoir un serviteur si zélé !

Martine me mit à l'épreuve une seconde fois : en effet sa sœur Patricia avait prévu de venir passer une semaine chez nous, et je dus les servir toutes les deux en tenue de domestique, et avec l'interdiction de les tutoyer, je devais les appeler toutes les deux Madame. Ma prestation apparemment plut à Patricia également, d'après ce que me rapporta ensuite Martine. Il faut dire que Patricia appréciait toujours autant que je lui lèche les pieds…

Du coup Martine commença à organiser régulièrement des soirées à la maison, avec ses amis de l'équitation. Je passai ces soirées en tant que domestique, toujours vêtu de ma livrée, courant à droite et à gauche pour m'occuper des invités, servant les boissons et les canapés. Ces soirées se terminaient en général fort tard pour moi, car une fois tout le monde parti, je devais ensuite tout ranger après que Martine soit allée se coucher.

Précédent... Suivant...