Mon mari est devenu mon domestique
Chapitre 9
En rentrant d'un week-end, Martine m'annonça que Paul l'avait mise en contact avec son avocat personnel, et qu'elle avait pris rendez-vous avec lui à Paris. Elle fit l'aller-retour en une journée, et quand elle revint elle me présenta les papiers qu'ils avaient préparés ensemble : le premier était un acte notarié d'après lequel je m'engageais à céder la maison à ma femme, et le deuxième concernait ma voiture, qui lui revenait également.
Le samedi suivant nous passâmes devant un notaire pour signer ces deux papiers. A partir de cet instant, tout ce que j'avais possédé appartenait à ma femme, d'autant plus que cela faisait bien longtemps maintenant que je lui avais laissé tout pouvoir sur mes comptes bancaires.
Un soir de la semaine suivante Martine m'annonça que Paul allait venir s'installer à la maison. Elle avait dit ça d'un ton catégorique, qui n'attendait aucune contestation de ma part. Cette nuit-là je dus prendre toutes mes affaires qui étaient restées dans la chambre et les mettre dans une vieille armoire à la cave, afin de libérer de la place pour Paul. De même, je dus enlever tous mes documents des tiroirs du bureau, pour les mettre également à la cave.
Le vendredi soir Paul arriva avec sa voiture pleine de cartons et de sacs. Martine et lui partirent ensuite au restaurant, pendant que je devais décharger les affaires de Paul et les ranger dans la chambre et le bureau. Cela me prit toute la soirée et je n'eus même pas le temps de manger. Je venais à peine de finir vers minuit quand ils rentrèrent, et je dus leur préparer un dernier café avant qu'ils aillent se coucher.
Je passai la journée de samedi à changer de place les affaires de Paul, qui n'était pas entièrement satisfait de mon rangement : dans la chambre il préférait avoir ses chemises à hauteur des yeux, et le classement de ses papiers dans le bureau ne lui convenait pas non plus. Le lendemain, dimanche, ils partirent tous les deux se promener à la campagne, et je dus finir de ranger la maison, et préparer les affaires de Paul de façon à ce qu'elles soient impeccables pour lundi.
Après avoir été le serviteur de ma femme pendant plusieurs mois, je devins celui de Paul en plus. Celui-ci ne me ménageait pas, bien au contraire : il était très exigeant, en particulier pour tout ce qui concernait l'entretien des ses vêtements, et je ne compte plus les fois où je dus refaire une chemise qu'il n'estimait pas impeccablement repassée, et il était intransigeant sur le cirage de ses chaussures. Il me demanda d'améliorer la présentation de mes plats, probablement parce qu'il avait l'habitude de manger dans des grands restaurant. Je dus donc faire un effort sur ce point également, en allant chercher des idées dans des livres de cuisine ou sur Internet.
Au niveau de mon travail, cela n'allait pas fort : en effet il était devenu quasiment acquis que le site allait fermer prochainement. J'étais persuadé que si Paul quittait la région ensuite, Martine le suivrait sans hésiter après avoir obtenu le divorce, et cette perspective me démoralisait. Un soir, après le repas, Paul m'interrompit dans ma vaisselle pour me convoquer dans son bureau.
"Julien, tu n'es pas sans savoir que le site va fermer, et donc tout le monde va être licencié. Il y aura des reclassements, mais pas pour tout le monde. Donc, soit tu te débrouilles tout seul, ou bien je peux te proposer de devenir notre domestique. Bien sûr, tu seras payé et déclaré comme tel. Tu as une semaine pour réfléchir et me donner ta réponse."
Je n'avais jamais imaginé que Paul puisse me proposer cela, et cette perspective de garder le contact avec Martine me fit répondre sans hésiter :
"C'est tout réfléchi, je deviens votre domestique."
"Bon, si c'est ton choix, mais nous exigeons un domestique professionnel, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, et pas seulement lors des soirées. À partir de maintenant, Martine c'est Madame, en toutes occasions. Demain nous rédigerons ton contrat, et donc si tu es d'accord tu deviendras officiellement notre domestique. Tu peux aller finir ta vaisselle maintenant."
"Merci," répondis-je en prenant congé, heureux de savoir que Martine n'allait pas disparaître définitivement de ma vie, et que je pourrais encore la servir. Le lendemain, Paul me présenta le contrat : sans surprise je constatai que je serai payé au minimum légal, et que des retenues sur salaire étaient prévues en cas de service non satisfaisant de ma part. Je ne m'étais fait de toute manière aucune illusion, aussi signai-je le contrat aussitôt après l'avoir lu.
Comme l'usine était en train de fermer, je pouvais sans problèmes quitter mon travail du jour au lendemain, et d'ailleurs Paul se chargea de finaliser tous les aspects administratifs. Je pris mon service auprès de Monsieur et Madame : la transition vers ce nouveau statut se fit facilement, car j'assumais déjà ce rôle auparavant, même si c'était d'une façon moins officielle et explicite.
Quelques semaines après, Martine, toujours avec l'aide de Paul et de son avocat, commença à préparer la procédure de divorce : elle me fit signer de nombreux documents, d'après lesquels je reconnaissais tous les torts. Je dus aller à Paris, où je rencontrai l'avocat de Paul, qui m'expliqua comment je devais répondre aux questions du juge. Il me fit même répéter mon texte plusieurs fois, et me reprenant à chaque fois que je disais quelque chose qui lui paraissait pouvoir être interprété en défaveur de Martine.
Comme nous avions appliqué une procédure simplifiée, le divorce fut prononcé très rapidement, quelques semaines après que j'eus signé les papiers préparés par l'avocat. Nous passâmes devant le juge, ma femme et moi, et grâce à l'entraînement que m'avait fait subir l'avocat (j'avais même eu droit à une séance de rappel deux jours avant le jugement), le divorce fut prononcé, sans surprise avec tous les torts pour moi. Comme de plus le jugement fut rendu sur la base du salaire que je touchais dans mon ancien travail, et Martine n'ayant officiellement aucune ressource, je fus condamné à lui verser une pension alimentaire tous les mois.
En sortant du tribunal, j'étais arrivé dans une situation où j'étais dépouillé de tout : j'avais déjà cédé auparavant à Martine tous mes biens, et à partir de cet instant j'allais devoir de plus lui verser tous les mois une pension dont le montant était d'ailleurs du même ordre de grandeur que le salaire que me proposaient Paul et Martine dans mon nouvel emploi de domestique.
Martine se remaria avec Paul peu de temps après. Cela fait maintenant sept ans que je suis au service de Monsieur et Madame, comme je les appelle maintenant, et nous vivons dans une superbe villa de la banlieue de Toulouse, où Monsieur dirige le nouveau site de la société. Dans les premiers mois, je n'avais qu'une crainte, c'est que l'un ou l'autre ne se lasse de mes services, et qu'ils me licencient. Mais finalement je pense qu'ils sont satisfaits de mes prestations, car ils m'ont gardé tout ce temps auprès d'eux.
Je vis au sous-sol de la villa, dans une petite pièce sans fenêtre que j'ai moi-même aménagée. Pour ce qui est du service, Madame a amélioré son système de petite clochette qu'elle utilisait à ses débuts : maintenant je porte en permanence un bip à la ceinture, et à toute heure du jour et de la nuit je suis susceptible d'être appelé par Monsieur ou Madame.
En semaine mes journées se déroulent ainsi : le matin je me lève pour préparer le petit déjeuner et le servir à Monsieur. Une fois Monsieur parti au travail, j'aide Madame à se lever et lui sers son petit déjeuner, puis j'aère sa chambre et refais le lit. Une fois que Madame n'a plus besoin de mes services, je pars faire des courses et reviens préparer le déjeuner de Madame, que je lui sers ensuite dans la salle à manger. Dans la journée, je dois m'adapter aux activités de Madame : je l'aide à s'habiller quand elle part effectuer une activité sportive, car elle prend régulièrement des cours de tennis et d'équitation, ou bien je lui sers de chauffeur et de porteur lorsqu'elle va courir les magasins. Si je n'ai pas d'ordres précis à exécuter, comme par exemple quand Madame se prélasse au bord de la piscine l'été, j'en profite pour ranger et nettoyer à fond au moins une pièce de la maison (celle-ci est immense et cela me donne beaucoup de travail !).
En début de soirée je commence à préparer le dîner, puis vers vingt heures je sers Madame et Monsieur, quand celui-ci rentre assez tôt : en effet son travail l'accapare énormément, et il n'est pas rare qu'il téléphone en fin de journée pour dire à Madame de ne pas l'attendre. Dans ce cas je sers Madame seule, et quand Monsieur rentre plus tard en soirée, je le sers ensuite à part.
Pour les vacances, l'hiver ils m'emmènent assez régulièrement avec eux quand ils vont en station de ski : dans ce cas je fais généralement le trajet en voiture en avance pour amener leurs affaires dans le chalet qu'ils ont loué, puis je reviens les chercher à l'aéroport, car ils trouvent plus agréable de venir en avion. Ces séjours consistent pour moi à m'occuper de tout leur confort : je dois veiller à ce que leurs chaussures soient bien chaudes le matin, je porte leurs skis jusqu'aux pistes puis leur mets aux pieds. Bien entendu, je leur prépare tous les repas, et c'est vrai qu'ils ont l'air d'apprécier ces instants de totale décontraction pour eux.
L'été par contre, ils préfèrent traditionnellement partir pour des destinations plus lointaines, et dans ce cas ils me laissent à la maison. Mais je ne reste pas oisif pour autant, car alors Monsieur en profite pour me charger de travaux plus importants dans la maison, et que je n'ai pas le temps d'accomplir quand je suis à leur service quotidien : repeindre les murs, rénover les volets, réaménager et meubler une pièce.
Voilà ce qu'est devenue ma vie : suis-je heureux ? On pourrait poser la même question à un moine, qui vit reclus dans son monastère, sans lien avec l'extérieur, au service de son idéal : il répondrait probablement par l'affirmative. Je pense pour ma part pouvoir dire que oui, je suis heureux, même si je n'ai plus de vie sociale, plus d'amis, pratiquement plus de contact avec ma famille ; ma vie sexuelle est réduite à néant, et mes seuls émois sont désormais dus à la vision de Madame sortant de sa piscine avant que je ne lui apporte un verre, ou bien une jambe entrevue en dehors du drap quand je viens lui apporter son plateau au petit déjeuner. Et malgré tout cela, je suis heureux car j'ai réussi à rester auprès du seul être au monde auquel je tiens vraiment : cette femme à qui j'ai tout donné, et à qui je consacre ma vie avec dévotion.
FIN
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