Monica
Chapitre 11
Quand Monica s'éloigna de notre table, je sentis mon univers chavirer. Une fois de plus, ma maîtresse avait tout réglé à sa façon, sans la moindre ambiguïté sur le rôle d'esclave qu'elle comptait aussi me faire jouer auprès d'eux. Je n'avais rien dit, ou presque, tant mon sort me semblait arrêté d'avance.
Ces deux corps d'hommes qui m'avaient tant attirée, une demi-heure plus tôt, quand j'étais encore portée par le fantasme, me parurent dès lors repoussants. Entre mes cuisses, ma queue était redevenue flasque. Les caresses de Dan, si désirées tout à l'heure, me devenaient insupportables. Mais je n'avais plus le choix. Je devais les supporter jusqu'au bout. Elle en avait décidé ainsi, et ils avaient payé 150 dollars pour un peu plus de trois heures avec moi !
En quittant le restaurant, j'ai de nouveau senti la peur m'envahir. La peur d'être vue telle que j'étais. Mon maquillage avait-il tenu bon? Étais-je encore présentable? Et tous ces passants qui me regardaient, ne mesuraient-ils pas quelle affreuse caricature j'étais devenue?
Et puis il y avait la douleur, de plus en plus forte à chaque pas; j'ai cru que j'allais perdre connaissance, à cause des souliers, bien sûr, qui meurtrissaient de nouveau mes pieds, mais surtout à cause du corset qui enserrait ma taille et rendait pénible la moindre respiration. Or Dan et Robert marchaient d'un pas rapide et j'avais peine à les suivre sans défaillir.
- "Allez! Grouilles-toi. On n'a pas toute la nuit !"
C'est qu'ils étaient pressés, les gars, de profiter au maximum de cette "dégénérée" dont ils avaient possession pour trois heures à peine.
"Dégénérée", c'est le nom qu'ils m'avaient donné, sur le ton d'un mépris volontairement accentué, sitôt après le départ de Monica. Et cela correspondait bien à ce que je ressentais, en imaginant ce que je projetais comme image : une fausse femme aux traits fatigués, outrageusement déguisée en putain de luxe, gambadant sans élégance derrière les deux mecs qui "se l'étaient payée", trébuchant presque à chaque pas dans ses souliers trop hauts et trop étroits, incapable de répondre autrement que par des sourires niais aux deux machos qui ne se gênaient pas pour commenter avec vulgarité les moindres détails de son anatomie !
Et pourtant, était-ce l'air frais de la nuit, la gêne causée par cette nouvelle exposition aux regards des passants, ou simplement le délice de la souffrance, mais je sentis peu à peu l'excitation revenir.
Dan s'assit au volant de sa Toyota rouge. Robert s'installa contre moi sur la banquette arrière. À peine avions-nous démarré qu'il abaissa la fermeture éclair de sa braguette et brandit un formidable pénis en érection.
"On n'a pas beaucoup de temps à perdre, ma p'tite dégénérée... Alors montre moi c'que tu sais faire comme Blow job."
Voilà! C'est comme ça que je fus initiée au culte du phallus ! Je n'avais jamais sucé un pénis. Et si j'avais souvent vécu, dans mes fantasmes de travestie, pareille situation, jamais je n'avais ressenti avant ce soir-là le désir de franchir la barrière de l'imagination. Plus de fuite possible, désormais. Monica en avait ainsi décidé pour moi.
Je fis un sourire complice à Robert, saisit son membre frémissant entre mes doigts et fis un effort pour y apposer mes lèvres. Mais le corset- étau qui m'enserrait la taille jusqu'à la hauteur de mes seins m'empêchait pareille gymnastique. Je me dégageai de l'emprise de Robert, vint m'agenouiller dans l'espace trop étroit entre les banquettes, esclave soumise au pied de son prince conquérant.
La vue en gros plan de ce pénis d'homme, et peut-être plus encore la vue de mes ongles en celluloïd rouge vif, oscillant en lentes caresses sur ce pénis étranger, l'odeur de musc qui envahissait mes narines, toute cette situation si nouvelle pour moi me parut dès lors envoûtante. Je sentis mon propre pénis s'exciter, en phase avec celui que je caressais.
J'ouvris grand ma bouche. Robert pressa avec douceur ma nuque pour envelopper son sexe dans l'ouverture de mes lèvres. Je fis, de ma langue, le tour de son gland circoncis. Le goût était salé. En lubrifiant de salive l'organe qui s'agitait de plus en plus, j'entrepris un mouvement de va-et-vient méthodique avec mes lèvres, variant avec subtilité la pression sur ses muqueuses sensibles. Robert se laissa prendre au jeu.
"Ooooh oui ! J'aime ça ! Ooooh oui ! Huuue... Continue... Continue... Ouiiii ! Comme ça... Aaah. C'est vrai que tu suces bien ma cochonne... Dan ! Tu sais pas ce que tu manques... Cette fille... Ooouuu ! C'est l'pied, mon Danny !"
Plus Robert gémissait de plaisir, plus j'étais
moi-même excitée. Des images se bousculaient dans ma
tête, où je me voyais réduite à ce
rôle de prêtresse du sexe pour deux étalons
insatiables. Qu'aurais-je donné alors pour que l'autre
stationne la voiture, et vienne se joindre à notre orgie,
enfonçant son membre dans mon orifice anal, pendant que
Robert laisserait jaillir son sperme contre mon palais, jusque
dans ma gorge assoiffée. 
Mais la Toyota trop exiguë n'était pas propice à de telles parties. Aussi, quand Robert fut prêt à exploser dans ma bouche, après quatre ou cinq minutes, je décidai de freiner son ardeur en serrant entre mes doigts la base de son sexe, question de ne pas consommer trop vite cette excitation. Robert n'apprécia guère la manœuvre. Je reçus à pleine joue une formidable gifle :
"Qui t'as dit d'arrêter, ma garce ! Quand on te demande de sucer, tu suces jusqu'au bout !"
- "Pardonnez-moi, m'sieur", répondis-je, servile, en utilisant par réflexe le vouvoiement de l'esclave. Je repris mes caresses orales sans prendre le temps de masser ma joue endolorie.
- "Bon ça va... Comme ça c'est mieux... C'est bon ma p'tite".
En quelques secondes à peine, je perçus de nouvelles pulsations le long de son membre.
"Je viens. Jeeee viens. Ouiiii ! Avales tout... Ouiiii !"
Le jet de sperme ne vint pas tout de suite, pourtant. Robert se retenait, pour faire durer le plaisir d'avant l'orgasme, ce moment unique où l'homme se sent réduit à un sexe en fusion, et un esprit qui plane. Mais je sentais, à travers les veines gonflées de cette formidable tige de chair, et sous la peau du gland pressé près de ma gorge, les saccades internes de l'éjaculation naissante. J'appréhendais le goût de la semence, autant que je la désirais.
Le puissant jet de foutre me prit malgré tout par surprise. C'était un goût acide, un peu trop salé. Vaguement semblable au goût beaucoup plus familier du liquide vaginal, mais plus prononcé, plus excessif. Plutôt désagréable en première impression. Mais dès que le second puis le troisième jaillissements vinrent emplir mon arrière-gorge, dès que j'eus la bouche pleine, le nez assailli par l'odeur, et que je commençai à avaler la substance laiteuse, ma perception se transforma.
J'avalai de nouveau. Puis de nouveau encore, et encore. Jusqu'à ce que, de pulsation en pulsation, le pénis emprisonné dans mes lèvres se vidât de tout le sperme accumulé pendant cette soirée où Robert avait rêvé de moi, assise à l'autre table. J'en voulais de plus en plus. Je cherchais à pomper avec énergie les dernières gouttes de cette sève qui coulaient désormais sans pression de ce membre en retrait progressif.
Quelle délicieuse communion que de sentir ainsi sa bouche, nourrie directement à l'organe de passion de l'être convoité. Sans cesser de parcourir de ma langue cet organe épuisé, à la recherche éperdue des derniers écoulements, des dernières odeurs, je jetai un regard rapide en direction du visage de Robert. Il paraissant comblé. Je le trouvai d'une beauté extraordinaire, à me donner envie de lui à nouveau.
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