Monica

Chapitre 12

Je m'étais déjà interrogée, à cause de ma fascination pour le travestissement, sur mes orientations sexuelles. En tant que femme, je fantasmais souvent sur l'homme qui allait me séduire, me prendre, me faire jouir.

Mais c'était une autre femme, fictive, qui jouissait en moi. Une femme mythique, mais entière, avec des seins et un vagin. Et dans le réel, l'homme que j'étais n'avais toujours été attiré que par les femmes. Je demeurais de glace devant les autres hommes. Aucune pulsion. Aucune attirance.

Seule la vue de ces travesties, brandissant leur pénis sur les scènes minables, me donnait quelque excitation, avec l'envie de goûter aux plaisirs homosexuels. Encore que c'était plus souvent en prenant leur place en imagination que je me trouvais excitée.

Ce jour-là, quand Monica m'avait inséré le godemiché dans la bouche, j'avais pour la première fois ressenti la possible attraction d'un pénis. Puis au restaurant, j'avais été séduite par le désir de ces hommes. Mais cette première expérience avec le sexe d'un homme, cette première communion intime, dépassait tous mes fantasmes. Oui ! J'étais homosexuel.

Ma bouche allait dorénavant rechercher cette sensation unique, lorsque le membre pris en charge prend vie, se gonfle en pulsations saccadées, puis se vide en elle, lorsque le goût du sperme envahit tout, juste le temps d'une extase. Puis lorsque l'autre, apaisé, pose avec tendresse ses mains contre ma nuque, le temps d'une caresse.

Je regardais toujours Robert, le visage illuminé par la satisfaction obtenue. Tout chez lui me plaisait. J'étais séduite par les stéréotypes mâles que je lisais sur ses traits. Oui, je venais de basculer de l'autre côté de l'amour. Ou plutôt, non ! Je n'étais pas homosexuel. J'étais femme, tout simplement ! Monica m'avait transformée si totalement, que cette nouvelle orientation du désir n'en était qu'une conséquence inévitable.

Une pensée me vint alors. Je venais de connaître, dans cette simple "pipe", sur la banquette arrière d'une Toyota, avec un inconnu, une satisfaction quasi totale. Et pourtant, je n'avais pas, pour ma part, connu l'orgasme. La tension du désiré la sensation de la jouissance de l'autre, le contact intime avec son plaisir, le goût sublime du liquide séminal puis son écoulant en volutes le long de mon œsophage, tout ça avait suffi pour me procurer une satisfaction telle que l'orgasme me paraissait superflu. Indésirable même, s'il risquait de venir rompre le charme de l'excitation qui me faisait tant apprécier mon état présent, malgré la compression du corset et la meurtrissure de mes pieds.

Alors je me dis que, peut-être, je pourrais un jour me mettre aux hormones. Faire pousser de vrais seins sur mon buste, rendre ma voix conforme à ce que j'étais devenue, adoucir mes traits, ma peau, mes muscles. Devenir femme. Et tant pis si les hormones diminuent souvent l'activité du pénis. Qu'avais-je besoin de cette queue de mâle en érection trop flagrante, si j'étais devenue femme, dans mon être comme dans mes désirs, et si je n'allais plus jamais cesser de l'être désormais.


- "On est arrivé chez toi, Robert. Réveilles-toi", lança Dan, en garant l'auto.

- "Allez, ma p'tite. On y va !" répondit Robert, à mon intention.

Je m'extirpai avec une certaine difficulté de la voiture, à cause des souliers et du corset. Robert me suivit. Dan vint nous rejoindre.

- "C'est à mon tour maintenant, ma p'tite... T'as intérêt à m'le faire aussi bien qu'à lui. Parce qu'à vous regarder, dans l'auto, j'en suis tout excité !"

- "T'en fais pas, mon beau, répondis-je; t'auras ta chance aussi. Moi, tout ce que je demande, c'est de vous faire jouir tous les deux, en même temps. Un par en haut, un par en bas. Ça vous intéresse?"

- "Alors, là ! T'es vraiment une dégénérée, toi !"

- "Ben ! Qu'est-ce que tu crois?"

Nous étions à peine entrés chez Robert, que déjà les deux hommes s'étaient dévêtus complètement. Le pénis de Robert, qui m'était paru si énorme dans l'auto, n'était plus tendu qu'à moitié. Celui de Dan, en érection totale, était plus long, mais plus effilé, et je me dis qu'il s'insèrerait sans trop de heurt dans mon anus.

Ils ne perdirent guère de temps en mondanités. Robert vint m'aider à retirer ma robe. Je déposai mes boucles d'oreilles sur une table, mais je gardai ma perruque, mon corset, mon soutien gorges avec les faux seins qui y étaient enserrés, mes culottes, mes bas et mes souliers. En marchant vers la chambre, je fis un effort pour maintenir ma queue coincée entre mes cuisses, afin de rompre le moins possible à leurs yeux l'illusion que j'étais femme.

Dans la chambre, une psyché renvoya mon image, et je la jugeai convenable. Je fis coucher les deux hommes, côte à côte, sur le lit, et caressai leur sexe, simultanément, les passant à tour de rôle de mes doigts à mes lèvres.

En quelques minutes à peine, Robert fut à nouveau excité. Je m'attardai un peu plus sur le pénis plus étroit de Dan, le baignant de salive, pour qu'il s'insère en douceur dans l'orifice de mes fesses. Puis, une fois l'organe lubrifié, j'abaissai mes culottes et dirigeai la chose à l'entrée de mon anus.

Ce fut un plaisir instantané. Aucune douleur, contrairement au godemiché trop généreux de Monica. Juste la sensation agréable de posséder totalement ce pénis, de l'enserrer entre mes fesses, jusqu'au plus profond de moi, et de sentir son gland, à l'intérieur de mon cul, venir masser ma prostate.

Je sentais mon propre pénis durcir entre mes jambes, à chaque phase de son va et viens anal. Je serrai désespérément mes fesses sodomisées, pour sentir un peu mieux le mouvement de cette trop mince colonne de chair qui fouillait mes intestins.

Je fis alors signe à l'autre, étendu à côté, pour qu'il vienne insérer son pénis dans ma bouche. Je reconnus aussitôt l'odeur qui m'avait donné tant de satisfaction, juste auparavant, dans l'auto. Et en parcourant de ma langue la surface de la bête agitée, j'en reconnus les formes, devenus familières, déjà.

Alors, les deux hommes se mirent à gémir et à s'agiter, presque en phase, l'un couché sous moi, avec son sexe dans mon derrière, l'autre à genoux, son sexe dans ma bouche. Le double mouvement des corps m'hypnotisait presque. Et je fus prise par surprise lorsque Robert eu une seconde éjaculation, dans ma gorge.

Mon corps doublement transpercé était-il devenu un canal de communication privilégié entre ces deux hommes en chaleur? En tout cas, à peine eus-je senti le jaillissement du sperme de Robert dans ma gorge, que Dan explosa à son tour, au plus profond de moi. Quelques instants de tension sublime, puis relâchement de tous mes muscles ! Déphasage de la baise. La double étreinte se relâcha; les deux organes, désormais rétrécis, se retirèrent.

Dan et Robert firent une pause, reprenant leurs forces, à nouveau étendus sur le lit. Je n'avais pas éjaculé, mais je me sentais formidablement bien, mes forces refaites de m'être abreuvée à la source même de la vie. La nuit blanche de la veille était oubliée. Je n'aspirais qu'à redonner vie à ces deux sexes taris, reprendre la scène, goûter à nouveau au sperme de ces hommes.

Dans la salle de bain, je refis en vitesse mon maquillage défraîchi. J'en revins avec une serviette et du savon et lavai avec soin la queue flasque de Dan. Puis, je recommençai à les masturber tous les deux. De mes mains d'abord, puis avec ma bouche, en alternance.

Ils commencèrent à se parler de boulot, de vacances, d'aventures, de rêves. Conversation molle, entre de vieux amis, qui semblaient oublier pour un temps que j'étais là avec eux. Mais pourquoi en auraient-ils tenu compte?

Je n'étais qu'une esclave de passage, affairée à redonner à leur organe sa virilité fonctionnelle. Alors, il se laissaient servir, appréciant sans le dire la douceur de mes caresses, la moiteur de ma bouche qui butinait d'un à l'autre.

Quant à moi, je m'imaginais en masseuse professionnelle, concentrée sur le seul plaisir de mes clients. Et je regardais les deux hommes rassasiés. Lorsqu'ils redevinrent silencieux, je devinai comme une tristesse dans leurs yeux. Ils étaient déçus, sans doute, que leur organe résiste tant au retour du désir. Je les trouvai beaux comme des princes.

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