Monica

Chapitre 15

Je m'éveillai au premier bruit, lorsque Monica ouvrit la porte de la chambre. Elle portait un long peignoir rouge vif, en textile translucide, qui laissait entrevoir des culottes et un soutien-gorge de satin, rouges eux aussi. Ses pieds étaient chaussés dans des sandales ouvertes, à talons de sept centimètres environ.

Elle me regarda avec une certaine douceur dans le regard, mais m'adressa la parole avec un ton sans complaisance :

"Tu as dix minutes pour prendre ta douche, te raser complètement. Après, tu viens me voir, pour que je t'installe à nouveau le corset. Je t'ai laissée respirer pour la nuit, mais faudrait pas que tu t'imagines que je vais souvent te donner de répit. À partir de maintenant, le corset, ça sera 24 heures sur 24, tant que tu es dans cette maison. Compris?"

- "Oui madame."

- "Après, on te remet ton uniforme de bonne. Je l'ai placé dans l'armoire, là. Et je te laisserai te maquiller toi-même. Faut bien que tu apprennes un peu à te débrouiller toute seule."

- "Oui madame... Merci !"

- "Ghyslain devrait être ici dans moins d'une heure. Et je veux que tu nous serves à déjeuner au salon dès son arrivée. Alors bouge !"

Dans la salle de bain, il y avait deux flacons d'huile et de sels marins aux côtés de la baignoire. J'ouvris rapidement les robinets, versai un peu des deux produits. La fragrance toute féminine qui emplit la pièce me parut exaltante. Pendant que le bain s'emplissait, je saisis le rasoir que Monica avait déposé près de l'évier à mon intention.

J'étais reposée. Heureuse, je crois, et j'essayais de ne pas penser à la journée qui allait commencer, aux délicieuses horreurs que Monica et ses clients allait m'infliger. Quand je me fus complètement rasé les jambes et le visage, je plongeai dans la baignoire, le temps de laisser les vapeurs achever de me faire sentir femme.

Je revins dans la chambre. Monica s'était assise à la table de maquillage, et avait transformé son visage en une œuvre d'art d'une beauté étincelante. Autour de ses yeux, toute une palette de couleurs chatoyantes évoquaient le déploiement d'un papillon féerique. J'étais médusée par la beauté de ce regard. Elle remarqua mon attitude.

- "Ca fait partie de mon déguisement, pour Gyslain. Il me voit comme une reine. Il me veut inaccessible. Alors, ce maquillage un peu théâtral, c'est la ligne de premier front, la frontière infranchissable."

- "Je vous trouve séduisante, madame Monica. Que j'aimerais avoir vos yeux !"

- "Hélas, ma petite Claudia, j'ai d'autres projets pour toi. Toi, tu es la bonne et la putain. Il te faut un air un peu moins distingué. Des couleurs plus vives. Du rouge feu. Tu le sais bien : t'as déjà été un homme; y'a que ça, pour les exciter vraiment. Deux lèvres d'un gros rouge, qui se referment sur leur verge gonflée. C'est ça qui les fait venir !" S'approchant de moi, elle ajouta d'un air un peu cruel : { Alors, j'espère que t'apprécies le gros rouge, et que t'aimes le sperme aussi, parce que Gyslain est un étalon à peu près inépuisable. Tu vas voir ! Ce soir, t'en auras les joues étirées, à force de le sucer".

Elle ne me laissa pas le temps de répondre, me fit tourner dos vers elle et commença à lacer mon corset. Je ressentis la même douleur que la veille. Elle n'y fit guère plus de cas.

"Allez ! vide tes poumons, et rentre ton ventre... Un peu plus encore... Bon ça y est."

J'étais entièrement prise dans l'étau, incapable de relâcher mon diaphragme pour respirer normalement. Essoufflée avant même que ma journée ne commence. Meurtrie dans la profondeur de mes viscères compressées. Mais je savais qu'avec les heures, les chairs allaient se laisser dompter, qu'elles allaient épouser la forme de cet instrument de torture. Après tout, le veille, n'avais-je pas passé toute la soirée, et fait plusieurs fois l'amour, vêtue de cette armure cruelle?

Puis ce furent les bas de nylon noirs, les faux seins et le soutien- gorge, un slip de soie et de dentelles d'une transparence affriolante et la robe de bonne noire avec ses bordures de dentelle blanche. Elle monta la fermeture éclair dans mon dos (ce que j'aurais pu difficilement faire moi-même, enchâssée comme j'étais dans ce corset- étau).

Je mis ensuite les souliers, qui me parurent moins douloureux que la veille, et vint m'asseoir à la table de maquillage. Monica m'y enseigna le jeu des ombres qui peut transformer les angles d'un visage d'homme en courbes plus féminines. Puis le jeu des couleurs vives qui transforment un visage de femme en visage du désir, visage de la bête qui ne vit que du sexe des hommes.

Elle fit l'inspection de mes ongles (je portais encore mes ongles rouges de la veille), puis fixa solidement à mes cheveux une perruque, d'un blond platine cette fois. Le miroir me renvoya l'image de ce que j'étais devenue : une femme- sexe. Rien d'autre.

Dans mes sous-vêtements de soie et de dentelles, je sentis ma verge se gonfler de désir face à cette image de femme vulgaire que me renvoyait le miroir.

Je me hâtai vers la cuisine. J'y avais fait le ménage la veille et je savais où trouver les principaux outils. Je mis des croissants au four, fis du café, et j'avais presque terminé de disposer la coutellerie, le sucre, le lait et les confitures sur un plateau de service, lorsque la sonnerie se fit entendre. C'était bien Ghyslain, que Monica salua avec exubérance, et fit passer au salon. Deux minutes plus tard, elle me fit entrer, portant maladroitement le plateau à déjeuner.

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