Monica
Chapitre 19
Quand l'explosion vint enfin, je crus toucher l'extase. Ce fut
d'abord dans mon anus, où je sentis les racines du
géant noir se tordre en saccades, comme pour projeter leur
sève au plus creux de mes entrailles. Deux fois. Dix fois.
Vingt fois peut-être. Les secousses sismiques n'en
finissaient pas. 
Puis ce fut le pénis de son complice à peau rose qui inonda ma bouche de sa semence chaude et salée. Et tout comme la veille, cette double décharge me parut comme un contact intime avec le bonheur à l'état pur.
Comment avais-je pu passer toutes ces années de vie sexuelle plus ou moins triste, sans soupçonner cette jouissance sublime de la double pénétration, du double orgasme?
Rien, dans ce que j'avais connu jusqu'alors, ne pouvait se comparer à cet instant magique où toutes les émotions se confondent et tous les sens se mêlent : l'odeur de la sueur de deux corps qui se vident, le goût du sperme à pleine gorge, la moiteur de ces peaux d'hommes contre ma peau, la chaleur de ma propre transpiration, la douleur de mon corps trop à l'étroit dans des vêtements de torture, la fragile sensation de la soie et des dentelles sur mon sexe hypersensible, le mélange de fierté d'avoir pu faire jouir ces deux hommes et de honte devant la déchéance de mon statut objectif; la fierté d'être femme et la honte de n'en être pas vraiment une; la fierté d'obéir à Monica et la honte de désirer bien plus cet homme au corps d'ébène dont le pénis s'agitait encore au plus profond de moi.
Une fois de plus, m'est apparu le caractère
irréversible de la transformation que Monica m'avait fait
subir. J'avais découvert la veille que j'étais
capable de m'exciter en présence d'hommes et de
désirer leur pénis plus que toute autre
expérience sexuelle. Je m'étais découvert
homosexuel, ou plus simplement femme attirée par le sexe
des hommes. 
Je me découvrais désormais séduite par la force brutale, et prête à toutes les meurtrissures pour appartenir à ce maître, comme ces filles qu'on voit si souvent dans les gangs de motards, et que les maîtres s'échangent entre eux, sans même les consulter. Elles sont signes de statut social, monnaies d'échange, objets de convoitise et instruments de plaisir. On les croit droguées, tant leur sort paraît insupportable.
Mais je n'étais pas droguée, et Monica m'aurait, ce soir là, vendue à Raoul, que je n'aurais même pas protesté. Quel droit avais-je à décider de mon bonheur, quand tout m'était donné par ce pénis qui glissait maintenant en douceur hors de mon anus.
Je me relevai, et notai avec dégoût le sourire benêt de Ghyslain. Raoul était maintenant assis, le corps entièrement nu et recouvert de sueur. Ghyslain était encore vêtu et se massait le sexe d'une main nonchalante.
- "Tu vas me la préparer, mon gros?" demanda Raoul, sans ouvrir les yeux.
- "Oui maître", répondit Ghyslain.
Et c'est alors seulement que je compris quel rapport trouble liait ces deux hommes. Le culturiste noir était dominateur. L'autre, son vassal. Mais de quelle préparation parlaient-ils?
Ghyslain me fit signe de le suivre dans une pièce attenante. Je regardai Raoul, de mes yeux en détresse dans l'espoir qu'il m'explique un peu ce qu'ils comptaient me faire subir. Mais il ne broncha pas. Il me fallait être docile.
Je remontai mes petites culottes de dentelle, replaçai soigneusement la robe de bonne et suivit l'homme au crane dégarni.
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