Monica

Chapitre 22

En me tenant en laisse, Ghyslain me fit marcher, toujours à quatre pattes, vers la porte de la chambre. Mais comme nous nous en approchions, elle s'ouvrit et Raoul pénétra. Il sourit à la vue de l'accoutrement étrange de son copain Ghyslain.

"Tiens, tiens... T'as remis ta cape de grand chevalier !"

Puis il se tourna vers moi, mais ne parut guère satisfait de mon accoutrement. Je baissai la tête sous son regard, passive, toujours à quatre pattes, bonne chienne docile à côté de mon maître.

- "Allez, toi. Debout."

Je me levai, mais j'avoue que dans ces souliers dont le talon était presque aussi haut que la longueur de mon pied, je me retrouvai dans un équilibre fragile. Et mon corset rendait mon corps rigide, m'empêchant de compenser en douceur les moindres balancements.

Le résultat, je l'aperçus dans le miroir, c'était une femme à l'air gauche, dont le visage était maintenant complètement barbouillé, cheveux en bataille, tenue inélégante, avec surtout cette masse énorme qui faisait saillie sur le devant de la jupe. J'étais laide et trop ostensiblement bandée. Je compris le regard déçu du Dieu noir.

- "Grouilles-toi. Va refaire ton maquillage. Et fais ça vite", me lança Raoul.

Puis, il ajouta, à l'intention de Ghyslain, cette fois.

"Et toi, tu t'en es permis avec elle ! T'as pris trop de temps, et regarde l'air qu'elle a. Bon ! En attendant qu'elle revienne, tu me suces. Je veux être prêt pour la fourrer encore dès son retour."

Je vis Ghyslain s'agenouiller docilement devant l'athlète nu. Je le vis prendre sa verge qui, même molle, était de taille impressionnante. Quelle queue désirable ! J'aurais bien changé de place avec Ghyslain. Mais il me fallait d'abord retourner à la salle d'eau, me refaire une beauté.

Je voulus me presser; je faillis tomber contre le cadre de porte, et compris qu'il me faudrait marcher avec une attention redoublée. Quelle délicieuse impression, pourtant, que cette fragilité totale. Je m'imaginais abandonnée dans un tel état, sur la chaussée d'une rue passante. Fantasme suprême de la femme soumise, pour qui chaque pas représente à la fois un risque de chute, en même temps qu'une invitation aux hommes qu'elle croise.

Me voici comme le plus vulnérable des créatures, à la merci de tous et de tout, victime de choix de quiconque surgirait, incapable de me défendre, encore moins de fuire, disponible en somme, et affichant cette disponibilité à chaque pas hésitant.

Dans mon pénis tendu, la douleur se faisait de plus en plus insupportable. À la salle de bain, je dus lutter contre l'envie de me masturber et libérer enfin cette tension oppressante. Mais je craignais, en le faisant, de diminuer ma libido et de trouver répugnantes les bassesses que ces deux hommes allaient me demander encore. Je préférais les aborder au summum de l'excitation et accepter alors plus goulûment ce qu'ils allaient exiger.

Ma servilité, je le savais bien, ne venait pas de mon déguisement de fille, mais de ce sexe d'homme que le déguisement niait. Et c'est dans la tension de cet organe que je puisais de fait le courage requis pour affronter mes tortionnaires, et tout le plaisir que m'apportait cette soumission totale. L'homme est fait pour l'esclavage.

Je lavai rapidement mon visage avec une crème démaquillante, puis recommençai à appliquer le fond de teint, le rouge à lèvres et la poudre sur les joues. Je passai au peigne les cheveux de ma perruque, puis décidai d'enrichir un peu les coloris autour de mes yeux, d'y ajouter une ombre argentée, bref, de donner à mon regard un éclat scintillant digne des scènes de cabaret.

Quel plaisir que ces moments consacrés au seul bonheur de se faire belle ! Quelle merveille que cette soudaine transfiguration de son visage, de ses yeux, de son corps, sous la magie du maquillage. Quelles délicieuses odeurs que ces fragrances féminines, tubes et pâtes, laques et autres flacons, délices dont les hommes sont privés ! J'aurais passé des heures à me soigner de la sorte, s'il n'y avait pas eu ces deux hommes qui attendaient mon retour, s'il n'y avait pas eu mon désir de les servir encore.

J'ajustai ma jupe de cuir noir, en m'efforçant de replier mon pénis entre mes jambes, vers l'arrière, pour cacher cette érection que me rendait ridicule. Je replaçai ma blouse translucide rouge vif. Je vis dans le miroir que j'étais redevenue une femme présentable et repris le chemin de la chambre, avec la même sensation de vulnérabilité complète, en tirant le même bonheur de cette fragilité.

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