Monica
Chapitre 28
J'apprendrai par la suite, d'une confidence de Monica, qu'elle avait un jour poussé la cruauté envers Ghyslain jusqu'à lui imposer, comme épreuve à franchir s'il voulait passer à nouveau une nuit avec elle, de se soumettre d'abord aux désirs sexuels du noir. Et c'est ainsi que Ghyslain avait été pour la première fois sodomisé par l'athlète, et que s'était développé entre eux cet étrange rapport, parfois maître- esclave, le plus souvent d'amitié.
Quand à Monica, avait-elle tenu parole, après cette soumission de Ghyslain aux caprices du noir? Je ne l'ai jamais su, bien que certaines paroles de Monica me laissent croire qu'il n'en fut rien.
Monica avait beaucoup d'autres clients, occasionnels ou réguliers. Ghyslain et Raoul faisaient partie de son cercle le plus intime. Entre les trois, il y avait donc plus qu'une relation d'affaire; mais c'était une amitié trouble, comme le sont toujours ces rapports intimes fondés sur quelque perversion, où chaque partenaire connaît les faiblesses les plus secrètes des autres et peut au besoin tirer les bonnes ficelles. Il n'en reste pas moins que dans les moments de détente, comme pendant ce repas du midi arrosé de champagne, les échanges pouvaient devenir des plus agréables.
J'écoutais donc avec plaisir cette conversation amicale, en silence bien sûr, et toujours attentive aux moindres besoins de chacun, pour donner un service impeccable. Une coupe à remplir ici, une couteau qu'il fallait aller chercher à la cuisine pour remplacer celui que Raoul avait échappé au sol, une serviette à tendre à Monica, le disque à retourner, etc.
Il y avait en fait, dans mon empressement d'esclave efficace, autant le soulagement de ne pas devoir rester assise avec mon sexe en torture, que le désir de plaire à ma maîtresse et à ses clients.
Un peu avant quatorze heures, Monica annonça qu'elle avait un nouveau client à recevoir, un homme soumis qu'elle devrait dompter. Elle laissait donc ses invités avec "la petite bonne" en leur confirmant qu'ils pouvaient abuser de moi encore, et de toutes les façons, à condition de ne pas la déranger pour la prochaine heure. Et de lui laisser le salon et la chambre de torture du sous-sol. Elle quitta ensuite et je me retrouvai à nouveau seule avec Ghyslain et Raoul.
Raoul m'offrit alors quelques biscuits et un peu de fromage. Je refusai. J'avais tant de peine à respirer que je n'imaginais même pas comment j'aurais pu avaler. Il insista malgré tout avec force :
"T'as rien mangé depuis le matin, et j'ai pas envie que tu perdes connaissance dans nos bras. Surtout avec les traitements qu'on va te faire subir... T'as besoin de toutes tes forces."
Je me dis qu'il avait raison et fis un effort. Les aliments franchissaient avec peine mon œsophage mais, en fin de compte, je me sentis beaucoup plus forte après quelques bouchées. Les deux hommes me regardaient avec délectation, en échangeant quelques vulgarités que je feignais de ne pas écouter.
Puis, la sonnerie se fit entendre. Monica traversa le salon et nous fit signe de déguerpir. Son invité exigeait la discrétion. Ghyslain, juché sur ses hautes bottes blanches, avec sa cape qui tombait à mi-jambe, nous précéda dans le petit salon rouge où les deux hommes avaient, le matin, abusé de mon corps.
Raoul, presque nu, avec une serviette enroulée sur ses hanches, fermait la marche derrière moi, en me soufflant à l'oreille des choses obscènes qui, de lui, me paraissaient agréables.
Mais je ressentais toujours la même douleur dans mon corps et dans mon sexe compressés, la même difficulté à tenir mon équilibre, la même angoisse face à ce qu'ils allaient me faire subir, la même excitation pourtant, et surtout le même désir irrépressible de goûter à ce corps noir, d'être SA chose.
"Merde ! J'suis pas allé pisser", lâcha Ghyslain, en entrant dans le salon. "Et on a une heure à attendre dans cette chambre maintenant !"
- "Bah, Ca sera pas une heure. Dans cinq minutes, Monica va descendre avec son visiteur au sous-sol. Tu peux bien te retenir cinq minutes", dit Raoul.
- "Cinq minutes? Peut-être bien... Mais je vois pas pourquoi je le ferais", lui répondit Ghyslain, en jetant vers moi un regard chargé de sous-entendu.
Il sortit son pénis bandé de son string de cuir. Je savais bien ce qu'il attendait de moi et cette perspective me faisait horreur. J'essayais de voir, rapidement, comment je pouvais échapper à ce projet repoussant, mais rien ne me venait à l'esprit.
J'implorai Raoul du regard, dans l'espoir qu'il retienne Ghyslain. Il l'encouragea au contraire :
"C'est vrai qu'on lui a pas offert de champagne, la petite, avec son repas."
- "C'est vrai ça... Tu dois avoir soif, Claudia chérie?"
- "Non... Je vous en prie !" répondis-je, la voix brisée par la peur, en reculant quelque peu.
Je n'avais pas aimé le goût acre et salé de l'urine de Monica, le premier soir. Cela m'avait donné un véritable haut le cœur. Elle m'avait annoncé par la suite que je devrais apprendre à l'aimer, mais n'avait pas mis sa menace à exécution et j'avais fini par croire que c'était une menace sans portée.
Mais l'idée de boire directement à la source ce liquide jaune à l'odeur repoussante et au goût acide, la perspective d'un haut le cœur avec, cette fois, mon corps cintré dans ce corset démoniaque, cela me semblait conduire à la catastrophe. Comment allais-je éviter de vomir?
Devant mon hésitation trop manifeste, Ghyslain parut perdre patience : "Qu'est-ce que t'attends, salope? À genoux !"
Je reculai un pas, en balbutiant un faible "S'il vous plait Monsieur !"
| Précédent... | Suivant... |
Contact: webmaster@soumischaste.net
