Monica

Chapitre 32

C'est dans cette position de tendresse partagée que Monica nous retrouva, de longues minutes plus tard, lorsque son client fut reparti. Elle s'informa auprès de ses hôtes du comportement de "la bonne".

- "Elle a été impeccable, Monica. Cette fille-là, c'est une trouvaille ! J'espère que tu vas nous la garder longtemps en aussi bonne forme", répondit Ghyslain.

- "J'espère moi aussi", dit Monica, avec comme une interrogation dans le regard.

Je n'osai pas répondre. Tout était si confus dans ma tête. À mesure que les frissons de l'orgasme s'étaient dissipés, je recommençais à sentir la douleur de mes pieds, de mon sexe harnaché, de mon bas-ventre enfermé dans un corset tyrannique, de mes poumons qui avaient peine à pomper assez d'air, avec aussi dans l'estomac cet excès d'acidité, à cause de l'urine, ou simplement parce que j'avais trop peu mangé. J'avais mal à la gorge, mal aux joues distendues, et horriblement soif. Je sentais sur mes fesses la chaleur des lanières. Mes testicules étaient en feu. Tout mon corps était souffrance.

Je pris soudainement conscience qu'il s'agissait en fait d'un jeu très dangereux. J'eus alors envie que tout ça prenne fin. De crier "A l'aide !" De sortir de la torpeur où je m'étais laissée emprisonner depuis deux jours.

Mais en même temps, je revoyais mentalement tous les moments magnifiques vécus depuis ma rencontre avec Monica. Cet érotisme trouble quand elle m'avait lié les mains et maquillée dans les toilettes des femmes, puis forcée à sortir comme ça, en pleine rue, le premier soir. La fascination quand, le lendemain, elle avait fait de moi une femme magnifique, que nous étions sorties "en filles" dans un grand restaurant. Le plaisir unique de m'être sentie désirée par deux hommes, de les avoir fait jouir, et d'avoir découvert avec eux le plaisir de faire venir deux hommes en même temps, un sexe dans la bouche, l'autre dans les viscères. La découverte que je pouvais être plus heureuse encore, d'un orgasme plus total, en faisant venir un homme, enserré dans mes lèvres fessières, qu'en dispersant mon sperme. Et la fascination ressentie, toute cette dernière journée, devant ce corps si parfait de l'athlète noir.

Une chose me paraissait claire. J'avais touché ce week-end le plus bas fond de la dignité humaine; j'avais connu les plus grandes détresses imaginables; j'avais même frôlé la mort et j'en portais encore la douleur atroce; mais j'avais réalisé mes fantasmes les plus intimes : j'étais devenue, totalement et entièrement, une femme-esclave, sans autre besoin que d'être prise, abusée, mortifiée, subjuguée, réduite à l'état de matrice sexuelle.

Et cette obsession, je n'allais plus jamais la perdre. Ça, je le savais.

Je me relevai avec peine, me juchai sur mes souliers à talons acrobatiques, fit face à Monica en baissant les yeux aux sols.

"Madame ! J'ai pris ma décision. Vous pouvez compter sur moi comme esclave, aussi longtemps que vous le désirerez."

- "As-tu bien réfléchi, Claudia?"

- "Je vous l'ai dit, madame... J'en ai horriblement peur... Je souffre énormément, dans mon corps et dans mon âme au moment où je vous parle. Mais ce que vous m'avez fait connaître, c'est comme planté dans moi. Je pense plus pouvoir l'arracher..."

Alors, j'ai éclaté en sanglots. Incontrôlables. Je suis tombée à genou devant Monica et l'ai regardée, suppliante :

"J'ai peur, madame Monica... J'ai peur...nnnff...nnnff...Je vous en prie...nnnff...protégez-moi. J'vous appartiens."

Alors, sans même me regarder, elle m'a repoussée du revers de la main.

"P'tite braillarde, va ! J'ai d'autres choses à faire que d'écouter des états d'âme. Allez ! Déguerpis !"

Désespérée, perdue, souffrante, j'ai quitté la pièce en écoutant Monica parler et rire avec ses deux clients.

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