Monica

Chapitre 35

Elle me fit garder ma jarretière et mes bas de nylon, mon soutien gorges et mes faux seins, ma perruque et mes souliers.

"On n'a pas travaillé toute cette fin de semaine pour faire de toi une femme du monde, ma petite, pour te laisser redevenir un homme à la première occasion, hein? Alors, quand t'es chez moi, tu dois toujours conserver au moins un minimum de féminité. Compris?"

- "Oui, madame."

- "D'ailleurs, ma petite Claudia, quand tu partiras d'ici ce soir, je ne veux pas que ça soit dans tes habits d'homme. Tu vas rester comme tu es là. Je vais te prêter une jupe, un fuseau et quelques accessoires, et c'est comme ça que tu vas rentrer chez toi, O.K.? Une fois dehors, tu pourras toujours te débrouiller comme tu veux, mais c'est en femme que tu sortiras d'ici."

- "Mais, madame !... J'aurai jamais le courage !"

- "Voyons, petite idiote. Après tout, hier, tu es bien sortie en fille, et t'as eu un fichu succès, non?"

- "Mais vous étiez à mes côtés, madame !"

- "Bon. Je t'accompagnerai ce soir encore, si tu veux. Mais je veux que pour moi, à partir de maintenant, tu ne sois toujours que Claudia. Quand tu reviendras chez moi, à l'avenir, et que j'ouvrirai la porte, c'est Claudia que je veux voir. Pas cet homme moche que tu étais vendredi dernier, dans ce bar sordide où je t'ai repêchée."

- "Bien... Je vous le promet, madame. Vous m'avez tellement transformée, ces derniers jours, que je crois que je ne serais plus capable de redevenir vraiment un homme, de toute façon !"

- "Si tu veux mon avis, d'ailleurs, ajouta-t-elle d'un ton moqueur, avec les sourcils arqués que je t'ai taillés hier, même en homme, t'auras l'air bizarre ! Alors, si tu veux pas que les voisins te regardent de travers, tu serais aussi bien de demeurer travestie pendant deux ou trois semaines, le temps que ça repousse !"


Elle me fit alors descendre dans sa salle de torture, une pièce que je n'avais pas encore visitée. Quelle vision horrible, que ces arceaux, ces tables de supplice, ces anneaux aux murs et au plafond, et cette collection de férules, fouets, verges et autres courroies disposée sur le mur !

Autour de deux ou trois établis qui servaient, au centre de la pièce, de "tables d'opération" pour certains types de supplices dont je ne savais rien encore, étaient dispersés certains instruments qu'elle avait utilisés avec ses clients du jour. Elle m'indiqua où ranger ces objets. Elle m'entraîna ensuite vers une petite banquette recouverte de cuir, dont la surface était souillée de cernes.

"Allez. Montre-moi ce que tu sais faire de ta langue. Je veux que ce cuir soit propre comme neuf !"

Je devinai immédiatement, au goût âcre et salé de la souillure, qu'un de ses clients y avait éjaculé; mais ce goût, loin de me déplaire, me fit revivre avec plaisir les moments si intenses vécus depuis deux jours. Je lapai le sperme séché avec délectation, en sentant une fois de plus l'excitation monter dans mon ventre. Une excitation puissante, qui secoua mon corps. Une excitation que je ne ressentis pas dans mon sexe d'homme, chair plutôt inerte, ersatz inutile de ce qui avait été jusque là un pénis plutôt fier, mais dans ma grotte anale, ouverture chaude et vibrante, dont le sphincter maintes fois violé recommença ses convulsions de désir. Comme si mon anus appelait avec fièvre une queue pour l'emplir.

La passion que je mettais à lécher ce cuir n'échappa pas à Monica.

"Ma parole, Claudia. Tu y prends goût?"

- "Madame. Excusez-moi de vous dire ça, mais vos amis m'ont tellement prise, aujourd'hui, ils m'ont tellement comblée, que je me sens vide, maintenant. Comme si je n'étais complète qu'avec ces deux sexes en moi. Et alors, cette odeur, ce goût... Ça m'excite tout l'intérieur. Ca me bouleverse."

Monica me fit ranger les dernières choses et me poussa ensuite, doucement, sans la moindre violence, contre la paroi de pierre, au fond de son donjon.

"Claudia. Je tiens à te dire que j'ai été très satisfaite de toi, dans l'ensemble. Il y a cet appendice un peu trop prime qu'il faudra mieux apprendre à contrôler, mais en te voyant ce soir, j'ai l'impression qu'on a déjà fait un bon bout de chemin et que la maîtrise de tes pulsions viendra bien assez vite. Mais pour le reste, pour donner du plaisir aux hommes, tu es franchement douée. Tu es peut-être la meilleure esclave que j'ai eue. La plus prometteuse, en tout cas !"

Tout en parlant, elle m'attacha les poignets à un anneau qui pendait d'une poulie, au plafond. Puis, elle tira sur une sangle, et mes pieds quittèrent le sol. J'étais maintenant douloureusement suspendue par les poignets, en position d'impuissance complète, les pieds ballants à quelques centimètres de terre.

Elle continua de parler : "Ces coups de verge que je vais te donner, comme je te l'ai dit, ce n'est pas tant une punition qu'une preuve de soumission que j'exige. Quand tu partiras de chez moi, tout à l'heure, tu en porteras la marque. Quand tu voudras t'asseoir, cette semaine, la douleur te rappellera que tu es ma chose. Que pour toi, désormais, rien d'autre ne doit compter que de m'obéir. Es-tu prête à recevoir mes coups?"

Elle parlait d'une voix si douce, envoûtante comme le chant d'une sirène. C'était comme une prière. Une cérémonie sacrée. Une sorte de baptême de douleur par lequel j'aurais accès à la vie nouvelle qu'elle m'avait fait connaître. J'eus alors vraiment envie de ce châtiment qu'elle m'offrait avec une telle gentillesse.

- "Oui, Monica. Je suis prête !"

- "Supplie-moi de te frapper. Je veux t'entendre réclamer mes coups."

- "Monica, ma maîtresse adorée, je veux que vous me frappiez. Je veux porter votre marque. Frappez-moi... Frappez-moi, je vous en prie !"

Le premier coup s'abattit en travers de mes fesses, dans un pincement sec, qui creusa dans mes chairs une mince fente rouge. La douleur fit comme une brûlure. Je parvins avec peine à retenir mon cri. Puis vint le deuxième coup, plus cinglant encore. Je mordis mes lèvres pour ne pas crier. Je sentis un spasme dans mon thorax, incapable de maintenir le rythme de ma respiration.

Puis, un autre déchirement. Spasme. Étourdissement. Et mes fesses que je sentais enfler jusqu'à l'éclatement. Un autre coup. Et le dernier enfin. J'avais les dents serrées, mais j'étais très fière de moi. Je n'avais pas laissé filtrer le moindre son. Ni cri, ni soupir. Triomphe complet de la victime sur la douleur qu'on lui inflige !

Quand elle eut fini son travail de tortionnaire, quand elle relâcha les ganses et que je repris pied au sol, quand elle s'approcha pour me libérer les poignets, je me retournai vers elle, follement heureuse de ma performance, comme si je venais de briser quelque record du monde, et lui chuchotai : "Merci beaucoup maîtresse !"

Elle vit mon sourire, sincère, témoignage si évident de ce bonheur accessible seulement dans le don total de soi, et elle m'embrassa sur la bouche. Ce fut un baiser de passion, le premier que m'ait donné cette maîtresse incomparable.

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