Monica
Chapitre 36
Il allait être bientôt dix heures, le soir. Monica décida qu'il était temps de me renvoyer chez moi. Mais elle me força d'abord à remettre le corset que j'avais porté la veille. J'en fus horrifiée.
- "Allez ! Sois raisonnable, Claudia. Sans ce corset, t'as pas la taille qu'il faut pour porter les belles choses que j'ai préparées pour toi. Laisses-toi faire. Et puis, je te l'ai dit, on s'habitue à ça, quand on le porte tous les jours. Et bientôt, tu pourras plus t'en passer !"
Et alors, sans me laisser le temps de réagir vraiment, elle tira très fort sur les lacets. Docilement, je vidai mes poumons de tout leur air, rentrai mon ventre autant qu'il me l'était possible, ce qui lui permit de refermer complètement l'étau, retranchant dix bons centimètres à ma taille comprimée. Elle prit ensuite de petits anneaux de métal sur une table basse, les glissa dans les œillets du corset et scella ainsi la chose de telle sorte qu'il m'était désormais impossible de l'enlever par moi-même.
"Voilà ! Te voilà prisonnière de ce corset, ma petite. À moins que tu trouves quelqu'un qui accepte de t'en libérer ! Mais là, tu auras à fournir des explications, et tu vas voir que ça peut devenir gênant. Et puis, quand on va se revoir, toi et moi, je veux te retrouver exactement dans cet état. Alors si t'enlèves ton corset, faudra aussi trouver quelqu'un pour te le remettre ensuite. Avec les anneaux."
"Et si tu prends une douche, faudra pas t'en faire. Le tissus supporte bien l'eau. Mais faudra compter un peu plus de temps pour le séchage, hein, ma petite? Si tu t'essuies bien, une heure devrait suffire !"
- "Comment je vais faire pour respirer, madame? Pour manger?"
- "Pour respirer, on s'y fait. Rappelles-toi ta soirée d'hier. Puis tu t'habitueras à ne pas t'essouffler, à ne pas faire trop d'efforts, à être plus féminine, en somme ! Quand à la bouffe, ça ne te fera pas de tort de manger un peu moins. Mais le truc, ici, c'est de prendre plusieurs petits repas, jamais plus que quelques bouchées à la fois. C'est pour ça qu'on disait des femmes du XVIIIe siècle qu'elles n'avaient qu'un appétit d'oiseau. Mais c'est comme ça qu'on obtient une taille fine !"
Elle me prêta une camisole soyeuse, de couleur noire, et les culottes assorties, changea mes bas, me fit remettre les souliers. Elle me tendit une jupe courte mais confortable en tissus extensible noir, un chemisier blanc de tissus lustré, délicieusement doux à porter, et un tantinet translucide, pour laisser apparaître le dessin de la camisole en dessous. Elle me tendit une sacoche. Une trousse de maquillage. Quelques accessoires.
"Tu en connais beaucoup de putes qui, pour quelques baises, passent un week-end complet logées et nourries, et repartent avec une garde-robe complète de nouvelles fringues? T'es gâtée, Claudia. Mais cette semaine, il faudra bien que tu fasses ta part et que tu t'achètes quelques robes, quelques jupes, quelques dessous. Tu dois bien avoir un peu de fric à toi, non?"
- "Oui, Madame."
- "Alors je te laisse une adresse. Tiens. Tu y trouveras tout ce qu'il te faut. Et la patronne te donnera des conseils. C'est une amie à moi. Elle a toujours habillé mes esclaves."
Elle me tendit la carte d'affaires d'une boutique de vêtements et lingerie féminine. J'ai toujours rêvé d'entrer un jour dans de tels endroits et d'y faire des achats pour moi. Mais je n'avais jamais eu le courage. Aujourd'hui, cela devenait enfin possible !
Elle fit quelques retouches à mon maquillage. Dans la glace, je notai que mon apparence était plus discrète que pour ma sortie la veille. Moins frappante, en tout cas. Mais je n'eus guère de peine à me convaincre que c'était préférable si je voulais vivre en femme au quotidien, ou au moins me rendre jusqu'à chez moi sans attirer les regards de tous les passants.
Ainsi vêtue, maquillée, coiffée, Monica me fit sortir, et me fit monter dans son auto. Elle ne me reconduisit toutefois que jusqu'au premier métro : "Allez ! C'est ici que tu sors !"
- "Ici? Au métro?""
- "Te fais pas de bile, Claudia. Ca va très bien se passer."
- "Oui ! Sans doute... Et quand voulez-vous que je revienne vous voir?"
- "J'ai ton numéro de téléphone, Claudia... Je t'appellerai cette semaine. Si tu l'acceptes alors, je t'enverrai peut-être des clients chez toi. Mais en attendant, prends le temps d'y penser, Claudia. C'est un choix important, qui mérite bien quelques réflexions. Si tu décides de plonger avec moi, ta vie cessera de t'appartenir. Ton corps aussi. Tu ne seras plus que l'objet du fantasme des autres, esclave efféminée, 24 heures sur 24 éventuellement. C'est vers ça que je t'emmène. Je suis certaine que c'est là ton destin, que tu y trouveras ton seul bonheur. Mais je pense qu'il vaut mieux que tu y réfléchisses un peu. Parce qu'après, c'est sans retour !"
- "Monica, je peux vous poser une seule question?"
- "oui. Vas-y."
- "Êtes-vous déjà allé aussi loin que vous le dites, avec d'autres hommes... enfin d'autres... personnes comme moi?"
- "J'ai eu plusieurs débutants. J'en ai eu un seul qui a accepté le défi que je te propose. Il a vécu trois ans avec moi, comme mon esclave sexuel. À la fin, c'était une femme superbe, qui faisait retourner tous les regards dans la rue. Et une bête sexuelle qui ne connaissait aucune limite."
- "Que lui est-il arrivé?" demandai-je avec angoisse.
- "Un client m'a fait une offre et j'ai accepté de la vendre. La même chose pourrait t'arriver un jour, Claudia. Mais si je l'ai vendue, c'est parce que depuis quelques mois, elle s'était laissée posséder totalement par cet homme. En fin de compte, elle était déjà à lui; je n'y pouvais rien. Alors, on a convenu d'un prix. Ça fait un an, déjà. Et t'es la première proie que j'attrape depuis un an, qui me paraisse aussi douée !"
- "Et aujourd'hui, elle est heureuse?"
- "Oui... Enfin, je pense. Je l'aurais pas vendue, sinon. Mais c'est difficile à dire, avec les vraies esclaves. Même les pires horreurs peuvent leur procurer du bonheur... Regarde ton propre cas, Claudia : tu étais bien heureuse, aujourd'hui, avec cette brute de Raoul, non?"
Je n'ai pas répondu. J'ai souri à Monica. Je lui ai dit que j'attendrais son appel. Je lui ai demandé de se hâter, de ne pas m'abandonner. Je l'ai remercié pour les fringues. Et pour tout. J'avais les larmes aux yeux. L'émotion, je crois. Alors, je l'ai embrassée sur la joue, discrètement. Elle m'a dit bonsoir. Je suis sortie de l'auto. J'ai marché courageusement, dans mon déguisement de femme, en direction des portes du métro.
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