Monica
Chapitre 37
Je sentais l'air frais de la nuit s'infiltrer sous ma jupe un peu trop courte et caresser mes jambes couvertes de nylon. Ou s'infiltrer par les pores du tissus si léger de mon chemisier. Une sensation de surface, comme une caresse du venté un frisson, tellement étranger à l'expérience vestimentaire des hommes. Je sentais l'air remonter jusqu'à ma culotte et lécher à travers leur tissus délicat les cicatrices encore fraîches sur mes fesses. Oh ! Quelle brûlure agréable. Même à distance, Monica continuait de la sorte à me posséder. La douleur me devenait agréable parce qu'elle lui appartenait !
J'entendais mes talons claquer contre les dalles du trottoir. Un bruit tellement familier quand on y pense, mais que j'avais toujours associé à la démarche de l'autre, de la femme. Ici, c'étaient mes pas qui claquaient de la sorte. Mes pas, qui empruntaient cette démarche fragile des filles du trottoir, et ce balancement érotique, rendu nécessaire par le port de talons très hauts.
Certes, ce n'était plus l'exercice périlleux de la marche dans les talons acrobatiques qu'on m'avait fait porter en après-midi; mais cette fois, comme la veille au restaurant, ce n'était plus un jeu intime : je marchais en public, exposée au monde. J'étais cette femme qui marchait vers la bouche de métro, en tenant son balan sans trop de peine, mais avec juste une certaine impression de fragilité. J'étais cette femme-objet, cette femme bibelot, cette femme-désir, vulnérable.
En m'approchant de la petite foule qui attendait à la porte et à l'arrêt d'autobus juste à côté, je fis un effort pour ne pas voir les regards qui se tournaient vers moi. Puis je réalisai rapidement qu'il n'y en avait pas tant. Et n'est-ce pas du reste le lot de toutes les femmes, lorsqu'elles marchent en public en jupe courte et en talons hauts? En fin de compte, Monica avait raison : je passais plutôt inaperçue.
Ca me rassura, et me déçut tout à la fois. Après tout, avec ce corset qui me donnait des formes, avec ma jupe serrée et ce chemisier soyeux d'apparence sage et sophistiquée, n'aurais-je pas dû faire tourner quelques têtes? Alors j'eus envie, moi, de regarder les hommes autour, droit dans les yeux, de provoquer leur regard, de leur offrir un sourire invitant. De les attirer comme une araignée dans sa toile. Et de m'offrir.
Je sentis une fois encore mon anus s'ouvrir, se serrer, s'ouvrir encore. Pulsation frénétique de ma petite chatte culière qui mouillait du désir de ces inconnus dont j'aurais tant souhaité l'agression. À ce moment précis, partagée entre la douleur des stries gravées sur mes fesses, la douce fraîcheur du vent sur ma peau, et la chaleur profonde de mon anus qui appelait la chair bandée, j'aurais tant souhaitée me faire empaler par le premier homme venu ! Un regard aurais suffi, pensai-je. Mais je n'ai pas osé. Trop timide encore en public, trop peu sûre de mon apparence, j'ai préféré tenir les yeux baissés,
Et puis, il y avait Monica, peut-être encore dans son auto, derrière moi. Je me suis retournée juste à temps pour voir sa voiture repartir. J'étais maintenant définitivement seule. Je me suis engouffrée dans le métro.
Baptême de la foule en solo. Il fallait bien que je m'y risque, puisque j'étais bien décidée à ne plus revenir en arrière, du moins pas complètement. Non ! Je n'allais pas enterrer cette sexualité sauvage que Monica avait fait éclore en moi, après tant d'années de latence.
À l'intérieur de la station, je pris place sur une banquette pour attendre le train. Mais mon corset trop serré rendant la position assise trop contraignante, et mes fesses me faisaient si mal que je ne pus supporter le siège. Je dus me relever, pour m'adosser plutôt contre le mur de céramique.
Je profitai des quelques minutes d'attente pour faire le point, après ce week-end d'orgies et de souffrances. Voilà : je portais un corset qui me donnait des formes féminines; j'avais les sourcils finement épilés et, sous ma perruque et mon maquillage, je ressemblais certes plus à une femme qu'à un homme; dans ma tête aussi, puisque c'est en femme que je désirais séduire et être séduite.
J'étais femme, en public, et m'y sentais à l'aise maintenant ! À cause de cette sensation si douce de contact avec le vent. À cause du désir érotique qui m'avait assailli tout à l'heure, peut-être. Je m'étonnai alors de me trouver si confortable dans ce corset serré. Monica avait encore eu raison : on s'habitue à ce genre d'attirail.
On n'a qu'une vie à vivre, me dis-je alors. Pourquoi ne pas explorer à fond ce qu'elle a à offrir? Mon univers d'homme rangé, studieux, j'allais donc l'enterrer pour laisser toute la place à cet autre monde qui s'ouvrait, jusqu'à la limite de mes rêves. J'allais dorénavant vivre en femme, en tant qu'esclave sexuelle de Madame Monica, disponible à tous ceux et toutes celles qu'elle me commanderait de servir.
Je sentis un frisson traverser mon corps, comme un vent de panique. J'avais maintenant la certitude que j'allais plonger dans l'abject, et que j'allais le faire de mon plein gré. "Tu vas le faire, Claudia. Tu n'as plus le choix. Tu le veux. Tu l'as décidé de façon irrévocable. Il faudra que tu en acceptes les conséquences. Jusqu'au bout…"
Un sentiment de profonde liberté m'envahit alors. Une soudaine légèreté de l'être... Je n'aurais plus jamais le moindre soucis. Plus d'autre dimension que l'esclavage. Plus d'autre responsabilité que l'obéissance totale.
J'étais enfin femme, esclave et libre.
FIN
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