Monica

Chapitre 5

Elle dut comprendre mon regard de panique : elle ouvrit une large garde-robe, et me tendit quelques fringues aux couleurs remarquables. Je fus si envoûtée par la robe qu'elle fit choir sur le lit, que j'en oubliai un peu ma détresse.

- "Allez, Claudia. Cesse de pleurer. Tu vas voir. Tout va très bien se passer. Ce soir, je te sors. On va te faire belle. Tous les hommes vont te désirer, et les femmes vont être jalouses de toi. On va au restaurant. Mais il faut d'abord que je te prépare. On va enlever tous tes poils. On va huiler ta peau. Tu vas être parfumée, maquillée et vêtue comme une princesse. Tu le mérites bien !"

- "Oh merci, Madame !" répondis-ce avec cette même voix féminine qui m'avait tant surprise sous le fouet, mais qui me paraissait dorénavant comme la preuve qu'au plus profond de moi, tout mon corps s'était soumis; jusqu'à mes cordes vocales qui rendaient désormais tribut à ce que ma maîtresse Monica avait fait de moi : une femme docile, prête aux plus grandes souffrances et aux plus abjectes humiliations, et ne rêvant en échange que de sortir au plein jour, au bras de l'être qui me dominerait, pourvu que je sois bien vêtue et désirable sous le regard des autres.


Monica m'aida à appliquer une crème épilatoire sur l'ensemble de mon corps. Pendant que j'attendais, assise sagement sur une chaise droite, elle affina jusqu'à l'excès le tracé de mes sourcils. Je n'avais pas de miroir, mais je devinais le caractère irréversible de la transformation qu'elle m'imposait ainsi. Comment pourrais-je, si elle décidait de me libérer, affronter mon univers d'homme avec ces sourcils trop fins, arqués comme ceux d'une cover-girl?

Puis, avec un soin de cosméticienne professionnelle, elle m'appliqua des faux cils, des boucles d'oreille et un maquillage qui me parut juste un peu trop généreux. Elle me fit ensuite passer dans la salle de bain, retira la crème séchée de ma peau désormais étrangement lisse.

Elle me tendit un corset noir, à l'évidence trop étroit pour ma taille. Elle commença à en lacer les cordons à l'arrière, au niveau de mes reins. À chaque fois qu'elle serrait un œillet, je sentais comme un étau de fer se refermer un peu plus autour de ma taille. Quelle impression agréable pourtant que de savoir son corps ainsi emprisonné, pris en charge, protégé en somme par ce vêtement érotique aux accents victoriens, sous lequel tant de femmes, dans l'histoire, ont accepté de souffrir ! - "Prend une grande respiration... Maintenant, vide tout ton air, et rentre le ventre complètement... Voilà ! C'est beau !" Elle serra les derniers œillets, en appuyant son genoux au centre de mon dos. Quand je voulus reprendre mon souffle, ça m'était devenu impossible. J'allais défaillir. À peine puis-je aspirer un mince filet d'air. Tout mon torse était désormais prisonnier, comme un seul bloc rigide, sous un étau de torture.

"Un jour, mon bel ange, quand ton corps aura épousé les formes de ce corset, tu pourras y respirer à l'aise. Ca te fera comme une seconde peau. Mais là, tu as un bon dix centimètres à perdre au tour de taille !" Puis ce furent les bas, une culotte de dentelle délicieusement érotique, les faux seins et le soutien gorges, puis la robe magnifique que j'avais entrevue sur le lit. C'était un long fuseau de soie bleue, descendant aux chevilles, mais fendu sur le côté, laissant paraître à chaque pas jusqu'à l'emprise de mes bas. Pendant qu'elle ajustait une longue perruque toute en ondulations brun orangé, je vis dans un des miroirs de sa chambre cette superbe femme fatale que j'étais devenue.

Elle remarqua mon émerveillement.

- "Tu aimes?"

- "Oh Monica ! C'est merveilleux ! Comment avez-vous pu faire de moi une si belle femme? Vous êtes une vraie fée !"

- "Maintenant, j'ai une mauvaise nouvelle. Il te faudra remettre ces souliers qui te font tant souffrir."

- "Oh je m'en fous, Monica ! Après ce que vous venez de faire de moi, je vais faire tout ce que vous me demandez."

Elle me demanda ensuite de m'agenouiller devant elle, d'enfouir ma tête dans sa touffe et de lécher son clitoris. La manœuvre s'avéra fort difficile, avec ce corset qui me serrait le corps. Ma rigidité maladroite amusa Monica.

"Pauvre Claudia ! C'est dommage que je préfère les tailles de guêpe aux rondeurs. Tu as mal choisi ta maîtresse !"

Au bout d'une demi-heure, après qu'elle eut joui, je crois, elle me demanda de l'attendre dans le hall. Elle savait bien qu'accoutrée comme je l'étais, je n'allais pas fuir. En fait, j'aurais pu, sans doute. J'y ai songé en tout cas. Mais j'étais encore sous l'envoûtement de la femme. Comment aurais-je pu vivre sans être allé jusqu'au bout de ce voyage érotique au cœur de l'enfer?

Nous étions en plein après midi. Je n'avais rien mangé depuis la veille. Et le corset inconfortable qui m'enserrait le torse m'empêchait de respirer autrement qu'en petites lampées maladives. Je me sentais étourdie.

Je m'habituais heureusement aux souliers, dont les talons aiguilles de dix centimètres m'apparaissaient désormais d'une hauteur confortable. Mes ossements s'étaient conformés aux contraintes des chaussures qui me meurtrissaient beaucoup moins les pieds.

Précédent... Suivant...