Histoire de la famille Mouriau

Chapitre 40

Tout en discutant, Gabrielle conduisait agréablement la grosse berline. Elle a garé la voiture devant le perron de la villa avant d'accompagner Michel dans sa chambre. La penderie du dressing était grande ouverte.

- Vérifier ta penderie, Micheline, je t'ai préparé quelques surprises...

Tous les costumes, chemises, cravates, souliers, chaussettes... tout avait disparu.

C'était une penderie de servante... quelques robes, jupes, chemisiers, combinaisons accrochées sur des cintres, quelques lainages grossiers sur les étagères.

Un tiroir était rempli de grandes culottes roses et blanches très ordinaires, quelques soutien-gorges ringards, des longues gaines à l'ancienne avec jarretelles incorporées, deux corsets saumons à baleines et lacets, des bas nylons et des collants dans leurs pochettes d'origine, trois paires de souliers noirs à hauts talons et trois perruques blondes.

Elle avait donc tout prévu et Michel était stupidement tombé dans le piège.

Dans la salle de bain, une poche à lavement était accrochée au dessus du bidet, des produits de beauté et de maquillage sagement alignés sur les étagères, des plugs progressifs, des godes des pinces et des poids bien en évidence au dessus du lavabo.

Deux grands sacs de voyage sur le lit.

- Je vais te préparer tes vêtements de la journée... tu vas t'habiller en servante... ensuite on fera tes bagages... un dernier au revoir au personnel que tu ne verras plus et Joseph ira te conduire ce soir chez Mary.

Michel ne réagissait plus. Comme un automate, il s'est habillé avec ce que Gabrielle lui préparait.

Maquillée, perruquée, se déplaçant maladroitement sur ses talons, Michel a passé une petite robe noire de service, avant de se regarder dans la glace.

Il n'y a vu que Micheline, une bonniche blonde de taille moyenne avec de jolies jambes gainées de nylon, une poitrine rembourrée, des lèvres roses, les yeux faits... une servante...

Gabrielle rectifiait les petits détails de sa tenue quand Marie, la cuisinière, est entrée dans la chambre après avoir frappé. Curieusement, elle tenait en main deux gros godemichets, un noir et un rose.

- Venez Marie, nous avons presque terminé... qu'en pensez-vous de notre Micheline... toute pimpante... prête à nous quitter... vous saviez qu'elle a été engagée comme servante chez Madame Jones... elle va apprendre son métier de bonniche à la dure.

Marie n'en croyait pas ses yeux. Elle regardait Micheline en souriant béatement.

- Pour sûr que Madame a fait du bon travail... elle est très réussie... encore faut-y voir si elle travaillera... elle a pas l'habitude.

- On lui apprendra à travailler, Marie... il va falloir qu'elle gagne sa vie maintenant... Madame Jones ne compte certainement pas la payer pour ne rien faire... elle apprendra vite... croyez-moi... elle sait d'ailleurs très bien ce qui l'attend... n'est ce pas, Micheline... que sous la cravache, tu es très obéissante...

Micheline regardait ses souliers, n'osant plus lever les yeux pour éviter les regards sarcastiques de sa cuisinière.

- Trousse ta robe, Micheline, que Marie puisse regarder tes dessous de bonniche...

Honteusement, Micheline a remonté sa robe pour dévoiler la grande culotte rose de rayonne brilllante et la longue gaine étroite qui fixait les bas en haut des cuisses.

- Je lui ai acheté des dessous d'occasion... des vieux dessous portés et démodés... c'est bien suffisant pour une souillon... et surtout c'est pas cher... vendus au kilo...

- Madame a raison... je voulais demander à Madame... j'ai encore trouvé deux godemichets dans la salle de bains de Madame Mouriau... j'en fais quoi... je les mets avec ceux de Micheline ou je les range ?

- Mettez-les avec ceux de Micheline, Marie... Madame Mouriau n'en a plus besoin... alors que Micheline va en avoir grand besoin...

Gabrielle est partie d'un léger éclat de rire en observant la mine piteuse de Micheline.

- Et oui, ma chérie, c'est bien utile un gode pour te dilater la rondelle... ta femme en faisait grand usage puisque tu n'étais bon à rien... imagine... le gode de ta femme dans ta pastille... tu en auras bien besoin... crois-moi...

Marie est repartie pendant que Gabrielle terminait les bagages de Micheline.

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