L'Effet Papillon
Chapitre 10
La firme qui employait Franck était une multinationale basée quelque part aux Etats Unis. Le genre de société qui avait des bureaux partout dans le monde et qui vendait je ne sais quels produits financiers inconnus du quidam de base.
En fait pour en bénéficier, il fallait déjà être plein aux as. Evidemment, les tarifs pratiqués étaient exorbitants mais c'était le prix à payer pour la sécurité, la rentabilité et la légalité.
Tout ça pour dire que malgré des heures passées à essayer de comprendre la nature exacte des activités de Franck je n'avais pas retenu grand choses hormis qu'il était question de gros sous, d'avocats et de fonds de pension.
Mon homme s'occupait du bureau parisien. Une activité somme toute assez reposante et rémunératrice qui ne lui prenait finalement pas un temps fou. Il fallait juste qu'il reçoive quelques gens fortunés de temps à autre et s'occupe de faire fructifier leur capital. Deux assistants, un juriste et une secrétaire sous ses ordres assuraient un titre ronflant sur sa carte visite.
Dans cet univers financier, et dirigé par quelques vieux retraités américains soucieux d'une certaine moralité, tant qu'elle était rentable, les apparences jouaient beaucoup. La réunion de Rome concernait tous les directeurs régionaux et responsables de bureaux du monde entier. S'il était question de travailler autour de nouvelles prestations, l'important était surtout de montrer la puissance de la firme : un super hôtel, des badges impeccables et des sourires de convenance pour démontrer au monde entier qu'il ne s'agissait que d'une grande famille.
Il était ainsi important de paraître plutôt qu'être. Démontrer à son confrère anglais que ses costumes étaient mieux taillés, à son homologue allemand que ses enfants allaient dans une meilleure école, à son patron que sa femme était la plus belle.
Mais que fallait-il faire quand on était avec quelqu'un du même sexe ?
Franck pouvait difficilement se présenter seul. Cela ferait tache. Bien sur il aurait pu utiliser l'assistance d'Elodie, elle en aurait sûrement été enchantée. Mais il me fit comprendre qu'il voulait y aller avec moi et personne d'autre.
Je ne voyais pas trop comment faire, ce qui me désolait tant pour mon amour que pour ma propre envie de visiter Rome. En fait, il existait bien une solution, mais elle me semblait impossible et irréalisable. Il aurait fallu que je ressemble à une fille.
« Tu sais que ce n'est pas une si mauvaise idée, je suis sur que, bien arrangé, tu pourrais tout à fait te faire passer pour une fille ».
« Tu plaisantes ? Je serais ridicule. Tout le monde se moquerait de moi, je ne serais jamais assez crédible. Et puis franchement, j'ai vraiment pas envie de me fringuer en nana! »
« Tu portes déjà des culottes. »
« Oui, mais là c'est complètement autre chose. J'aurais trop honte. »
« Tu aurais juste besoin de donner le change à l'arrivée à l'hôtel, après tu pourrais faire ce que tu veux dans Rome et revenir en garçon. »
« C'est n'importe quoi. Ca marchera jamais »
« Comme tu veux. Tu as peut-être raison, tant pis. »
Je sentais bien la déception de Franck. Mais ce qu'il me demandait était au dessus de mes forces. J'avais déjà du mal à accepter d'être devenu une vraie femelle avec un mec, de porter des strings indécents et même de me faire poser un piercing. Là c'était au-delà de ce que je pouvais faire pour lui.
Le week-end qui suivit fut assez glauque. Même s'il s'en défendait, je sentais bien que Franck me faisait la tête. J'avais beau me démener pour lui être agréable, je savais qu'il me reprochait de ne pas avoir accepté son invitation.
Un peu gêné par cette bouderie, et ne sachant plus trop comment arranger les choses, je rendis visite à Elodie pour prendre quelques conseils.
Je lui expliquais mon problème et le pourquoi de mon refus.
« Tu as eu tort. Je suis sûre que ça aurait marché. »
« Mais non c'est impossible. Et puis j'ai pas envie de m'habiller en nana! Non mais tu me vois en robe en train de jouer les poupées ? N'importe quoi ».
« A vrai dire oui je te vois bien. Mais tu n'as pas besoin de mettre une robe pour te faire passer pour une fille. Tu caricatures la!. Si tu regardais un peu plus les filles au lieu de n'avoir d'yeux que pour Franck tu saurais qu'elles ne sont pas si différentes de toi dans leur habillement et dans leur apparence ».
« Merci mais je connais la différence. »
« Pas tant que ça. Je suis sure que je pourrais te le prouver. »
« Je crois pas. »
« On parie ? »
« Comment ça ? »
« Sans te passer de robe ou t'habiller comme une pétasse, je suis convaincue que je peux te transformer en une fille crédible. On descend prendre un café en bas. Si personne ne s'est moqué de toi, j'ai gagné, dans le cas contraire c'est toi ».
« Et quelle est la mise ? »
« Si je gagne, tu pars à Rome avec Franck. Si je perds je passe l'été à prétendre que je suis ta copine en vacances avec tes parents ».
« M….j'espère que tu aimes la Corrèze, parce que c'est couru d'avance ».
« C'est ce qu'on verra, viens je vais m'occuper de toi ».
Elodie me fit me déshabiller, ce qui fut assez cocasse étant donné la nature de mes sous vêtements.
« Je vois que tu t'es mis aux strings, tu as raison, cela te va vraiment bien. On a de la chance tu fais un peu près ma taille, t'es juste un poil plus grand. Commence par enfiler ça »
Elle me tendit un soutien gorge à balconnets de couleur rose. Je me rendis compte à ce moment là que c'était plus facile à défaire qu'à mettre sur soi. Heureusement, elle m'indiqua comment procéder.
Elle me demanda ensuite de placer mon sexe de telle façon qu'aucune bosse n'apparaisse sur mon coté face.
« Tu sais, tu as vraiment du potentiel. Il faudrait juste qu'on te fasse un peu de poitrine. Attends moi là, j'ai une idée ». Elle revint quelques minutes plus tard avec deux petits sacs. On aurait dit des bas remplis de riz ou bien de semoule. « Cela devrait faire l'affaire ».
Effectivement, une fois placé dans mon soutien-gorge, on aurait dit que j'avais une sacrée poitrine. Un bon bonnet C, ce qui finalement correspondait à la taille des seins d'Elodie.
J'eus ensuite à enfiler une paire de bas auto opaques. Elodie n'avait pas de collants, il faudrait donc que je m'en contente. Vint ensuite un jean tout simple mais à la coupe résolument féminine et un débardeur blanc.
« On a de la chance tu n'es pas très poilu, surtout sur le torse ».
Le plus difficile fut de me glisser dans une paire de bottes. Elle n'avaient qu'un petit centimètre de talons mais leur bout en pointe comprimait suffisamment mon pied pour le rendre douloureux.
« Fais pas ta chochotte. C'est ça ou des escarpins. Je ne crois pas que tu sois prêt à marcher avec des talons! »
Je dois bien reconnaître que malgré le grotesque de la situation et la pression exercée sur mes pauvres pieds, je ne me sentais pas aussi mal à l'aise que je m'y attendais.
« Bon maintenant passons au visage ».
Elle me maquilla légèrement. Un peu de fond de teint, du mascara, un rouge à lèvres très discret.
La touche finale consista à m'onduler les cheveux à l'aide d'un fer prévu à cet effet.
Je pus enfin admirer le résultat dans une glace. C'était stupéfiant! Je voyais vraiment une fille dans le miroir. Mis à part mes cheveux mi- longs, je me trouvais même des airs de ressemblances avec Emmanuelle Béart.
« Tu vois je te l'avais dit, bon on va le boire ce café ? »
Elodie paracheva son œuvre en me prêtant une petite veste en cuir et un sac besace.
Je pris une grande bouffée d'air et franchis la porte de son appartement. Le sort en était jeté.
| Précédent... | Suivant... |
Contact: webmaster@soumischaste.net
| > |
