L'Effet Papillon

Chapitre 11

A ma grande surprise, cette première sortie en fille s'est très bien passé. Ou plutôt devrais-je dire mal passé étant donné ses conséquences.

Le café dans lequel Elodie m'avait emmené était bien loin du bistro traditionnel. A mi-chemin entre la brasserie et le pub, il accueillait toutes sortes de clients, depuis des jeunes collégiens jusqu'à des piliers de bars qui venaient regarder les courses hippiques en hurlant pour encourager les chevaux sur lesquels ils avaient misé leurs espoirs de fortune.

Nous prîmes une table en plein milieu de l'établissement, bien en vue de tous les clients. Avec le recul je suis sur qu'Elodie avait fait exprès. A la table de derrière, il y avait une assemblée d'étudiants, pas plus vieux que nous, qui refaisait le monde autour de bières qui ne devaient pas être les premières de la journée.

A elle seule Elodie avait de quoi attirer bien des regards. Mais la vue de deux jeunes filles ne pouvait que susciter la curiosité des mâles présents à cette tablée.

Avant même que nous n'ayons commandé, deux d'entre eux vinrent à notre rencontre et nous prièrent de les joindre. Elodie acquièsca avant même de me laisser le temps de répondre non.

Il s'avéra qu'ils étaient plutôt sympathiques, et mêmes charmants. Même s'ils voulaient ouvertement nous draguer, ils n'étaient ni trop entreprenants ni trop démonstratifs quant à leurs intentions.

«Donc toi c'est Elodie. Et ta copine, comment s'appelle t'elle?»

La question du prénom devait se poser étant donné ma tenue. Pas question de répondre Pierre, ou pire Pierrette. Il me fallait improviser, et vite.

Au même moment, je reconnus la musique de fond qui passait dans le café. C'était un vieux morceau des années 80, Joe le Taxi par Vanessa Paradis. Machinalement, je répondis:

«Je m'appelle Vanessa.»

J'étais étonné par la voix que j'avais employée. Sans réel effort, j'avais répondu avec une voix très douce qui pouvait parfaitement faire illusion. Le regard d'Elodie et son sourire amusé m'indiqua que je l'avais agréablement surprise.

Le reste de notre passage dans le bar se passa sans encombre. Je dois bien avouer que j'ai même commencé à être relativement à l'aise. En tout cas, j'obtenais sans efforts deux numéros de téléphone de garçons avides de me revoir sans même bouger un cil.

De retour chez Elodie, il était évident que j'avais perdu mon pari. Je ne pouvais plus me défiler: il faudrait que je parte à Rome dans la peau d'une fille. A croire que Vanessa avait de beaux jours transalpins devant elle.

«Tu t'en es bien tiré. Tu vois, je te l'avais dit. Tu peux te faire passer pour une fille sans effort. Je crois même que tu as apprécié la situation.»

«Je dois bien avouer que c'était marrant. Et puis ils étaient sympas.»

«Oui très. Encore deux heures et tu te serais éclipsée dans un recoin avec l'un d'entre eux pour faire des cochonneries»

«N'importe quoi. Ils étaient justes sympas.»

«On ne me la fait pas. Tu as joué les parfaites allumeuses!»

«Non je t'assure.»

«En tout cas, il va quand même falloir que tu t'entraînes un peu. Ils étaient faciles à berner mais tu as eu quelques gestes, quelques attitudes pas vraiment féminines. Il va aussi falloir qu'on fasse un peu de shopping entre «copines.» Tu auras besoin de tes propres affaires.»

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