L'Effet Papillon

Chapitre 14

Cela devait être facile : j'arrivais en fille avec Franck, nous récupérions les clés de sa chambre et je pouvais redevenir moi-même jusqu'à notre départ. La seule chose à laquelle il fallait que je fasse attention, c'est de ne pas être vu en sa compagnie dans l'hôtel lorsque j'étais en garçon. Il nous suffisait de quitter la chambre à cinq minutes d'intervalles et le tour était joué.

Les plans même les mieux huilés ne se déroulent jamais comme prévu. Il y a toujours un petit accroc, un élément non prévu qui vient tout faire voler en éclats.

Dans le cas présent, l'élément non prévu était Madame Morsino. D'origine suisse, Madame Morsino était la troisième épouse de Robert Morsino, le directeur européen de la boîte de Franck. Liftée et refaite de toute part, elle essayait de cacher sa soixantaine déjà bien entamée sous des tonnes de maquillages. Comme de bien entendu, elle profitait au maximum de l'argent de son mari en dépensant le plus possible en produits de luxe, surtout si la marque était bien visible. Lorsqu'elle nous est tombée dessus, elle semblait sortir d'un surplus de grands couturiers. Channel, Vuitton, Dior : c'était un catalogue sur pattes.

Mon premier contact avec ce personnage fut auditif. Une voix féminine mais très rauque qui sembla traverser la réception de l'hôtel. Nous étions en train d'enregistrer notre chambre quand ce «Franck, mon petit français préféré ! Vous avez pu venir ! Queeeeel Plaisir, queeeel enchantement.»

Je vis à ma mine déconfite de mon compagnon que ce n'était pas bon. Un drame se préparait.

«Mais, dites-moi, qui est cette charmante jeune femme qui vous accompagne?»

«Bonsoir Madame Morsino. Je vous présente...euh»

«Vanessa, enchantée de vous connaître.»

Je réalisais que je n'avais jamais donné mon nom de fille à Franck, il a donc fallu que je rattrape la situation.

«Mais dites-moi très chère Vanessa, vous me semblez bien jeune. Que faites-vous dans la vie?»

«Je suis encore à l'Université. J'étudie l'économie.»

«Ah, les études. Vous avez raison. C'est le plus beau métier du monde. Ca et être l'épouse d'un homme riche bien entendu.»

Pas forcément convaincus, mais poli, Franck et moi avons esquissé notre rire le plus forcé. Il fallait surtout éviter d'éveiller les soupçons, et pour cela mieux valait qu'elle nous trouve sympathiques.

«Qu'allez vous faire pendant que Franck assistera à ses réunions ? Vous savez, il va être très occupé ces prochains jours.»

«Je ne sais pas, je pensais visiter la ville.»

«C'est une merveilleuse idée ! Permettez-moi cependant de vous inviter tous les deux demain soir. J'ai une table qui m'est réservée à la villa Borsini. La nourriture y est fantastique. Vous verrez en plus c'est sans doute l'établissement le plus luxueux de la ville.»

Il me fallait trouver très vite une excuse pour me défiler. Passer une soirée avec cette sorcière risquait de griller ma couverture.

«Je crains de ne pouvoir répondre à votre invitation. Voyez-vous, je n'ai pas vraiment de tenue habillée pour une telle occasion. Je risquerais de vous embarrasser.»

«Oh, mais il n'y a aucun problème. J'ai beaucoup de relations en ville. Quelques coups de fil et tout va s'arranger. Je connais une boutique qui sera ravie de vous offrir une petite robe élégante pour être dans mes bonnes grâces. Un petit passage chez mon coiffeur ne sera également pas de trop. Vous verrez, demain soir vous serez une vraie princesse. Même votre fiancé aura du mal à vous reconnaître.»

«Madame Morsino, c'est trop je ne peux pas accepter.»

«Mais si vous le pouvez. C'est l'argent de mon mari, ça me fait plaisir!.»

«Bien, il se fait tard et je suis épuiiiiiiiisée. J'enverrai une limousine vous chercher demain soir à huit heures. A demain les amoureux.»

La beauté de ma chambre d'hôtel n'a pas suffi à m'ôter le sentiment de panique qui s'est emparé de moi lorsque nous avons été enfin seuls Franck et moi.

«Ce n'est pas possible. Nous ne pouvons pas aller à ce dîner. Elle va se rendre compte de qui je suis. C'est trop risqué.»

«Nous n'avons pas trop le choix. Refuser son invitation la vexerait et mieux vaut être dans ses petits papiers.»

«Je n'ai qu'à dire que je suis malade, une migraine ou un truc comme ça»

«Tu sais bien que ça ne marchera pas. Tu n'es plus à l'école.»

«Je ne vais jamais y arriver!»

«Mais si, par contre tu risques d'avoir besoin d'un petit coup de main.»

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