L'Effet Papillon

Chapitre 15

Je crois que Franck a eu une idée de génie quand il m'a suggéré d'appeler la seule personne qui pouvait m'aider au vu de ma situation. Non seulement Elodie était prête à me conseiller mais en plus elle a eu pas mal de bonnes idées qui m'ont sauvé d'un mauvais pas.

«Hum....Effectivement tu va avoir du mal à t'en sortir sur ce coup là. Je vais regarder de mon coté ce que je peux faire pour t'aider sur Internet. Mais il va falloir que tu fasses exactement tout ce que je vais te demander, sinon c'est la cata»

«Euh...oui, mais je vois pas comment on va y arriver»

«Ne t'inquiètes pas, j'ai ma petite idée. Tu sais dans quel genre de restaurant vous devez aller?»

«Un truc très cher et très select à ce que j'ai compris.»

«Aïe, ça veut dire que Vanessa va devoir être très élégante»

«Oui, mais Madame Morsino m'a dit qu'elle me procurerait une robe pour la soirée»

«Re-aïe, ça va être plus difficile que je ne le pensais»

«Pourquoi donc?»

« Sur la robe en tant que tel ce n'est pas un drame. Avec ton physique et un peu de travail on peut arriver à te rendre tout à fait passable. Ce qui m'ennuie plus c'est ta manière de te comporter»

«Comment ça?»

«Même si tu n'es pas un camionneur, tu n'est pas non plus la grâce incarnée. Tu manques d'expérience dans ce domaine»

«Pourtant jusqu'ici ça a été plutôt bien»

«Oui, acheter un jean au milieu de la foule ou boire un café c'est à la portée de tout le monde. Etre la reine de la soirée et se conduire comme une princesse c'est une toute autre affaire. Ne serait-ce que marcher avec des talons, tu ne sais pas le faire !»

«Des talons? Mais j'en ai pas besoin»

«Ah oui? Tu comptes peut être porter des moon boots avec ta robe de soirée demain soir?»

«C'est vrai...je vais jamais y arriver. Et puis de toute façon je n'en ai pas»

«Ne t'en fais pas. C'est à ça que ça sert d'avoir un homme. Franck se fera un plaisir de te prêter sa carte de crédit. Demain, tu vas avoir une grosse journée de shopping et de pomponnage. C'est ça ou il est viré, donc lui non plus n'a pas le choix».

La conversation s'est prolongée pendant plus d'une heure où Elodie m'a donné ses consignes pour le lendemain. Le programme était vraiment chargé, et chaque ligne que je rajoutais sur ma liste de «commissions» ajoutait à mon malaise tout en emportant le peu de virilité qui me restait. Franck a un peu rechigné, mais il me laissa sa carte de crédit pour la journée. Il serait occupé avec des réunions et n'aurait de toute façon pas le temps de m'accompagner.

La première étape de ma journée marathon consista à m'acheter un sac à main dans la boutique de l'hôtel. Initialement, je n'ai pas trop compris le pourquoi de la chose mais les explications d'Elodie étaient plutôt convaincantes : je ne pouvais pas sortir un portefeuille d'une de mes poches et j'aurais besoin d'emporter mon maquillage et autres affaires de «fille» avec moi. Ce n'était pas essentiel mais cela m'aiderait à m'installer dans mon personnage comme elle disait.

La seconde étape me plaisait beaucoup moins. C'était pourtant indispensable. Pour la première fois de ma vie, je devais rentrer dans un institut de beauté. Je suis arrivé à me faire comprendre en utilisant un mélange de phrases en italien que m'avait indiqué Elodie ainsi que par mes rudiments d'anglais. La barrière de la langue n'a rien fait pour atténuer mon sentiment de honte quand j'ai demandé une épilation du visage et du corps. C'était une fille qui demandait, mais une fois dans la cabine les esthéticiennes verraient bien que je n'étais pas né dans les roses.

Heureusement, on me plaça entre les mains expertes d'une jeune femme très douce qui par chance parlait un français tout à fait acceptable. Elle ne parut pas plus choquée que ça en s'apercevant que je n'étais pas une fille. La situation sembla même l'amuser et la stimuler pour faire de son mieux. Elle me demanda juste depuis combien de temps j'étais transsexuel. Un peu embarrassé, je lui répondis que non, que c'était provisoire, enfin compliqué et que c'était tout nouveau et sûrement très exceptionnel pour moi. Elle me donna néanmoins quelques conseils pour éviter une repousse désagréable, sur quelle crème utiliser ou sur le maquillage qui m'irait le mieux.

Comme j'ai la chance d'être peu poilu, l'épisode de la cire s'est passé plus facilement que je ne l'aurais imaginé. Au début c'est bien sur douloureux et surprenant, mais finalement on s'y fait. En revanche, je n'avais pas saisi toutes les subtilités d'une épilation du visage. Je pensais qu'il ne s'agirait que de s'occuper que de mes poils de barbes, une denrée par ailleurs fort rare. Mais le premier cil arraché m'a fait un mal de chien !

A l'issue de mon traitement, mon visage était transformé. Mes sourcils dégarnis, ma peau plus lisse et le maquillage «professionnel» avaient considérablement adouci mes traits. Je devais me rendre à l'évidence, je faisais une jeune fille vraiment convaincante. J'aurais du en être effrayé, mais c'est plutôt une forme de fierté qui m'envahissait. L'esthéticienne qui s'était occupée de moi semblait tout aussi ravie de son travail et je l'en félicitais chaleureusement.

C'est alors qu'elle me demanda si j'étais intéressé par une pose de prothèses mammaire. Sur le coup je n'ai pas trop compris de quoi elle parlait. Il s'agissait en fait de me poser d'une fausse paire de seins fait d'une sorte de plastique très réaliste. Certaines femmes victimes d'un cancer du sein en utilisent régulièrement. Avec un maquillage adéquat, ils pourraient parfaitement faire illusion et je pourrais les enlever une fois mon carnaval terminé.

Dans le doute j'ai appelé Elodie qui fut ravie de cette idée. A partir du moment où j'allais faire des essayages de robe, je risquais d'essayer des décolletés et ces prothèses seraient mon assurance. C'était un petit peu cher mais Elodie considéra que c'était un achat utile. Elle affirma même que c'était pratique car ils me resserviraient à l'occasion.

Je fis quelques essais avec mon esthéticienne. La paire qui «m'allait» le mieux n'était pas vraiment à mon goût mais avais-je le choix? Elle me faisait une poitrine un peu trop volumineuse et ronde mais c'était la plus adaptée à ma morphologie. D'après la boite, je faisais dorénavant un bon 95 C, une poitrine de rêve !

En sortant du salon, je me suis vraiment senti nu. J'avais l'impression que tout le monde me dévisageait et voyait que je ne n'avais plus un poil sur mon corps, ce qui n'était d'ailleurs pas complètement vrai.

La suite de mon programme n'était guère plus réjouissante. C'était la partie qu'Elodie avait appelé «l'entraînement». Je devais aller acheter une paire de chaussures «de fille» comme elle disait. Dans sa bouche, cela signifiait avec le plus de talon et le moins de chaussure possible. Je me rappelle avoir essayé près d'une vingtaine de paires différentes. A chaque fois, je devais prendre une photo avec mon portable et lui envoyer pour avoir son avis. Je suis reparti avec deux paires que je qualifierais volontiers de chaussures de pétasse. Manque de chance, la pétasse ce serait moi.

La première paire était pour la soirée. Un talon d'au moins sept centimètres sur une semelle de cuir noire et plein de lanières qui remontaient sur la cheville. Très habillé mais beaucoup trop féminin pour moi.

L'autre était plus passe partout, pour autant qu'un talon de cinq centimètres puisse l'être. C'étaient des escarpins assez classiques couvrant aussi peu le pied qu'ils étaient vernis. Pour Elodie, c'était la paire parfaite pour apprendre à marcher comme une demoiselle.

Hélas, je ne devais pas me contenter de marcher en talons. Ce n'était qu'une partie de la panoplie. Selon Elodie, porter une robe quand on en a pas l'habitude c'était aller à l'abattoir. Je devais aussi apprendre à me déplacer, à me lever, à m'asseoir avec ce risque permanent de montrer des choses que je ne voulais pas montrer. Pour que la leçon soit efficace, il faudrait donc que je passe le reste de l'après midi dans une tenue appropriée à cet apprentissage.

C'est ainsi qu'après un passage dans un magasin de vêtements et à l'hôtel, je ressortis métamorphosé dans les rues romaines.

Elodie m'avait fait opter pour une robe d'été rose pastel. Elle était serrée sur le haut du corps, laissant apparaître le sillon de ma fausse poitrine et s'élargissait pour la partie inférieure. Evidemment, elle était assez courte, s'arrêtant à mi-cuisse. Au moindre coup de vent ou faux mouvement de ma part, je risquais de révéler ce qu'il y avait en dessous. Pour corser l'exercice, Elodie m'avait fait mettre des bas autofixants. Que je déteste ces trucs ! Mes talons finissaient d'allonger ma silhouette tout autant qu'ils transformaient chaque pas en épreuve d'équilibre.

Il va sans dire qu'une telle tenue attirait tous les regards de la gent masculine et que je n'en menais pas large. Il me restait deux heures avant de retrouver madame Morsino. J'étais bien décidé à visiter un peu la ville, et ça même mon allure d'allumeuse ne pourrait pas m'en empêcher!


L'histoire se termine abruptement ici...

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