L'Effet Papillon

Chapitre 2

Tout bascula en une soirée, ou plutôt en une nuit.

Comme souvent, nous étions sortis retrouver quelques amis en ville. D'apéros en restos, la soirée se prolongea plus que d'accoutumée. A deux heures du matin, heure où les bars parisiens virent leurs derniers clients, nous n'avions pas du tout envie de rentrer. Nos amis proposèrent de finir en boîte de nuit ce dont je ne raffole pas. Elodie proposa alors un petit bar qu'elle connaissait dans le Marais, le quartier Gay de la capitale. L'endroit était ouvert à une clientèle hétéro et présentait l'avantage de ne pas fermer avant le petit matin.

Nous partîmes donc dans cet établissement. Il faut bien l'avouer, l'endroit était vraiment sympa. Pas de musique tonitruante ou de surpopulation rendant le comptoir inaccessible mais une ambiance tamisée, de gros coussins accueillants et des prix modérés. Bref, la fin de la nuit s'annonçait des plus sympathiques.

Même si je n'ai jamais été homophobe, je n'étais toutefois pas totalement à mon aise au milieu de tous ces gays. Beaucoup semblaient me trouver plutôt à leur goût. J'avais même l'impression que ce n'était plus Elodie qui attirait les regards, mais moi!

Nous avions enchaîné les tournées et avec le flux continu d'alcool je commençais néanmoins à me sentir de plus en plus à l'aise. Quand vint mon tour d'aller chercher les verres au comptoir, j'étais même bien détendu, souriant et amical envers tout le monde.

Au moment de payer les consommations, une main frôla la mienne et m'empêcha de tendre mon billet au barman.

"Laisse, c'est pour moi."

L'homme qui venait de m'empêcher de payer était déjà en train de s'acquitter de la note. Je ne l'avais pas encore dévisagé que quelque chose en moi se passa. Comme un trouble, un frisson. Sa voix légèrement cassée mais pleine d'assurance semblait avoir touché quelque chose en moi. C'est à peine si j'ai osé relever les yeux pour croiser les siens.

Je n'avais jamais regardé les hommes auparavant. Je les avais vus, mais pas regardés de cette manière que l'on regarde quelqu'un en guettant un signal sexuel. Mais lui, je me mis à le scruter aussi sérieusement qu'une jolie fille.

C'était ce que l'on appelle un beau gosse. La trentaine finissante, un sourire imparable et un visage de gravure de mode. Le genre de beau ténébreux qu'on verrait bien en James Bond, la testostérone en plus. Comme s'il fallait conforter cette image de baroudeur classe, il portait un costume noir très classe qui laissait néanmoins deviner un corps d'athlète sous le tissu.

Malgré mon trouble, j'essayais de bafouiller quelque chose, du genre désolé mais je suis avec une fille ou quelque chose dans ce genre. J'ai du m'arrêter à "Dé", il me coupa la parole.

"Je m'appelle Franck, je suis un ami d'Elodie."

Ouf! Le bel inconnu n'était pas en train de me draguer. Elodie m'en avait même parlé une fois ou deux. Elle avait eu une aventure avec lui mais quelque chose n'avait pas marché entre eux. Sa présence dans ce bar gay avant sans doute un rapport.

Il me raccompagna jusqu'à notre table et se joint à nous.

Il s'avéra qu'il était très sympa. A la fois drôle et cultivé, décidément il avait tout pour lui. Malgré tout, mon sentiment de malaise revint me titiller. C'était très subtil, presque imperceptible mais Franck multipliait les sous-entendus, les piques et les allusions dans la conversation. Il était clairement en train d'allumer Elodie sous mes yeux, et il paraissait guetter ma réaction.

Et moi je restais là sans réagir. Je ne me sentais pas à la hauteur et tout l'alcool consommé pendant la nuit m'avait profondément engourdi.

En fait j'avais tellement bu, que je ne me souviens même plus de la fin de la soirée. Tout ce dont je me rappelle, c'est ma surprise le lendemain au réveil.

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