L'Effet Papillon

Chapitre 6

Après "notre" rupture avec Elodie, la relation entre Franck et moi ne fit que s'intensifier. Il a su très rapidement comment s'y prendre pour me mettre à l'aise et accepter cette situation assez nouvelle.

Mis à part nos torrides séances de jambes en l'air (enfin pour moi), il s'avéra un compagnon très attentionné et prévenant. Il m'invitait à sortir presque tous les soirs, me téléphonait quotidiennement, me complimentait sans cesse. Elodie que je voyais de temps à autre appelait ça le traitement de princesse.

Il y eut cependant quelques grands moments où je ne savais plus où me mettre. Quand il me pelotait en pleine rue, quand il me disait avoir envie de moi à la terrasse d'un café, où même quand il m'achetait une rose à un vendeur ambulant.

Dès qu'il sentait qu'il allait un peu trop loin, il savait comment se rétracter. Pour nos escapades nocturnes, il privilégia les endroits "gays" ou je me sentais en fin de compte plus à ma place étant donné que je m'affichais avec un homme.

Cette période quasi parfaite fut marquée par un regrettable accident. Alors que je m'éclatais sur la piste de danse d'une discothèque homo, je sentis mon portable vibrer. C'était la gardienne de mon immeuble: il y avait le feu chez moi et les pompiers étaient sur place.

Franck me raccompagna en catastrophe. C'était trop tard.

L'incendie avait débuté en dessous de chez moi. Mais entre les dommages des flammes et le mélange cendre/liquide d'extinction, tout était foutu dans mon appartement. C'est à peine si je pus sauver deux ou trois livres recouverts de suie. Je n'avais plus rien d'autre que ce que je portais et mon sac de cours, qui coup de chance était dans la voiture de Franck.

J'eus la réaction que tout être sensible aurait en de telles circonstances. Je fondis en larmes.

Franck sut trouver les mots pour me sortir de mon désespoir. J'étais vivant, et c'était le principal. Le reste n'était que des objets, tous remplaçables.

Restait le problème du logement. Franck se proposa de m'héberger chez lui. Je refusai. C'était encore trop tôt pour moi. Baiser avec un homme oui, vivre avec lui pas encore. Quelle aurait été la réaction de mes parents? Non mieux valait que je trouve une autre solution.

J'acceptais néanmoins de dormir chez lui quelques jours, le temps de me retourner. Ce ne serait pas évident vu que j'étais loin de rouler sur l'or. L'aide parentale suffisait tout juste à couvrir mes dépenses, pas à renouveler toute ma garde robe et mes affaires.

Franck passa alors quelques coups de fils. Il pensait avoir une solution.

Le miracle survenu par l'intermédiaire de sa sœur. Elle vivait à l'étranger mais possédait un petit pied à terre en ville. Elle était d'accord pour que j'y emménage à condition que je lui paye un loyer symbolique, qui ne l'était pas tant vu mes revenus, et que je le garde en l'état.

Il s'avéra que c'était un deux pièces tout ce qu'il y a de plus convenable. Je crois même l'avoir qualifié de mignon la première fois que j'y suis entré. Il y avait là tout le confort que je pouvais souhaiter! Seul hic, la déco était vraiment très féminine. Le rose et les formes de cœur étaient omniprésents. Entre une collection de poupées de porcelaine, un boudoir digne d'une loge de comédienne et diverses affiches toutes à la gloire de James Dean, Georges Clooney et Robert Redford, l'endroit était à mille lieux de ma chambre d'ado.

Au moins le lit se révéla très agréable. C'était la première fois que je m'endormis dans du satin et le contact avec mon corps fut divin.

A mon réveil, Franck m'apporta un plateau avec du thé, des croissants et une rose. La petite voix d'Elodie résonnait dans mon esprit: "traitement de princesse".

En plus d'être passé à la boulangerie, mon homme n'était pas venu les mains vides. Il avait apporté deux grands sacs remplis de vêtements.

"L'un des amis m'a donné ça pour toi. Il fait un peu près la même taille que toi. Cela t'aidera le temps de te remettre à flots."

Je savais que je n'avais qu'un mot à dire pour que mon homme m'emmène faire les boutiques. Il avait eu l'élégance de ne pas me le proposer. Je ne voulais pas non plus être entretenu. Ces vêtements étaient donc providentiels. Ce n'était plus un service, mais un coup de main. Tout était dans la nuance.

Je le remerciais d'un baiser passionné qui dégénéra vite en câlin matinal. Rien de tel qu'un petit orgasme anal pour vous faire oublier vos soucis. C'était grave, je commençais vraiment à penser comme un obsédé.

Je dus toutefois déchanter au moment de m'habiller. Mes nouveaux vêtements étaient bien à ma taille. Mais c'était loin d'être mon style.

Les couleurs étaient vives, certains tee shirts avaient des paillettes ou tiraient sur le rose. Tout était très moulant, dans des tissus étirables qui me serraient très près du corps. Le pire c'était les sous-vêtements. Des slips très étroits dans une sorte de nylon ou alors presque en résilles. Certains étaient si petits qu'ils auraient pu être des strings.

Je passais l'une des tenues qui me semblait les moins extrêmes. Un pantalon blancs un poil trop court assorti à un tee shirt noir qui sous certaines conditions de lumières laissait apparaître le mot "star".

Alors que je m'attendais à être ridiculisé par Franck, ma tenue eut l'effet inverse. Il me complimenta comme jamais. Pour lui, cela m'allait bien mieux que mes précédents vêtements.

Moi, en me regardant, je voyais surtout un petit minet. Le genre de garçon dont les préférences sexuelles ne font aucun doute au premier regard.

Vu ce qu'il me restait en banque, il faudrait que je m'habitue à cette apparence pendant plusieurs mois, le temps de racheter ce qu'il fallait.

Le retour en cours risquait de ne pas être facile.

Précédent... Suivant...