L'Effet Papillon
Chapitre 7
Les gens sont souvent cruels entre eux. Surtout lorsqu'ils sont encore jeunes. Je craignais la réaction des autres étudiants face à mon nouveau style vestimentaire. Je ne fus pas déçu.
J'avais l'impression que tous les regards se portaient dorénavant sur moi. Ils s'accompagnaient de petits rires en coin, de messes basses plus ou moins bien cachées, de rictus haineux devant la « folle » qui confondait les amphis avec les discothèques.
J'eus même le droit à quelques insultes et quolibets plus directs de la part de quelques-uns, soucieux d'impressionner leurs potes en s'attaquant une cible facile. « Alors la tapette, on se croit au Queen », « Sympa le tee shirt, ils font les mêmes pour hommes » étaient devenus mon quotidien.
Heureusement, passé quelques semaines d'adaptation, ces réactions se tassèrent. J'avais même été dragué à quelques reprises par quelques jeunes hommes peu soucieux des qu'en-dira-t'on. Mon cœur était à Franck, je me devais donc de refuser leurs avances. Et puis je n'étais pas homo, j'étais juste avec un homme. N'empêche qu'au fond de moi, j'étais en quelque sorte flatté.
En dehors des cours, je prenais aussi de plus en plus d'assurance dans mon couple. Dans un certain sens, le fait d'apparaître désormais comme un petit minet avait clarifié la situation avec Franck. Quand on nous voyait, il était évident de deviner qui portait la culotte. J'étais petit, il était grand. J'étais fragile, il était fort. J'étais efféminé, il était si viril. Je recherchais de plus en plus la sécurité de ses bras, rien ne pouvait m'arriver avec lui.
En sa présence, je ne recevais pas d'insultes ou de regards noirs. Il y a même beaucoup de couples homos qui semblaient vraiment nous jalouser.
Les sorties dans les établissements gays ne furent bientôt plus nos seules distractions. J'osais désormais accompagner mon homme au cinéma, dans des musées ou des restaurants « traditionnels » et m'afficher avec lui sans trop me soucier de ce qu'on pensait de notre couple.
Cette nouvelle confiance faillit me coûter très cher. Après une sortie en amoureux à un spectacle théâtral, Franck et moi décidions d'aller manger un morceau dans un petit restaurant où nous commencions à avoir nos habitudes.
Les lumières tamisées et la décoration raffinée de l'endroit en faisait le lieu de prédilection de bon nombre de couples romantiques de la capitale. D'ailleurs, la clientèle n'était quasiment composée que de duos venus passer leur soirée en tête-à-tête autour de succulents petits plats et de bons vins, en attendant de finir sous la couette un peu plus tard.
Notre arrivée coïncidait avec les départs du premier service, ceux qui avaient préféré commencer la soirée par leur dîner. Pile au moment où nous faisions notre entrée dans le restaurant, je tombais nez à nez avec Bernard et Agnès, deux des meilleurs amis de mes parents.
S'ils me voyaient habillé comme je l'étais arriver main dans la main avec un bel homme, ce qui ne laissait aucune équivoque, j'étais bon pour de gros problèmes. Ils en parleraient à mes parents, et les connaissant c'était la fin de tout. Ils me couperaient les vivres, me déshériteraient, bref la totale.
Manque de chance, ils m'ont reconnu.
« Pierre, ça alors pour une surprise ! »
Je n'avais pas trente six solutions à ce nouveau problème.
« I'm sorry, I don't speak french ». J'essayais de jouer les sosies venus d'ailleurs. Mon changement radical de look pourrait peut-être faire le reste.
« Désolé, nous vous avons pris pour quelqu'un d'autre ».
Je l'avais échappé belle. Mais les coups d'œils inquisiteurs de Bernard me laissaient à penser que mon numéro n'avait pas fonctionné à cent pour cent. Je percevais bien leur suspicion alors qu'ils s'éloignaient du restaurant.
Ils furent confirmés dès le lendemain matin. Le téléphone sonna de bon matin et avant même de décrocher, je savais que la conversation qui suivrait serait tendue.
C'était ma mère. Elle n'était pas quelqu'un de méchante ou d'envahissante. Mais des années à essayer d'être une épouse modèle et une mère exemplaire en avait fait une personne inquiète et angoissée à l'idée que sa progéniture ne soit pas à sa hauteur.
Après quelques questions rituelles sur comment j'allais, les études, la météo et le fait de manger suffisamment équilibré, elle rentra dans le vif du sujet.
« J'ai eu Agnès au téléphone. Ils t'auraient croisé hier soir mais tu aurais fait mine de pas les reconnaître. Tu ne nous cacherais pas quelque chose ? »
A l'inquiétude de sa voix, je savais bien ce qu'était le quelque chose qu'elle craignait. Son fils dans un restaurant romantique avec un mec et habillé pour aller à la Gay-Pride pour ne rien arranger.
« Hier soir ? Ou ça ? Ca m'étonnerait. Je suis resté......avec ma copine à regarder des films toute la soirée ». « Ta copine ?
Mais tu ne nous as jamais parlé de cette jeune fille ».
Il me fallait étoffer mon mensonge, et vite sous peine de m'enfoncer. « J'attendais que ça devienne sérieux entre nous.
Elle s'appelle...Elodie et est à l'université avec moi ».
« C'est magnifique. Il faudra que tu nous la présente. Depuis le temps que ton père attend ce moment ».
Je connaissais le sous-entendu qui se cachait derrière ce genre de réflexion. Ton père est désespéré de te voir seul, il se pose même des questions à ton sujet (s'il savait !). Pour une fois, fais-lui plaisir, remonte dans son estime.
« Pourquoi ne viendriez vous pas passer un week-end à la maison ?
La semaine prochaine ce serait bien, tes cousins seront là en plus ».
Aïe, ça se compliquait. C'était clair qu'il lui fallait des preuves. Une ultime démonstration pour dissiper les doutes liés à la rencontre de la veille.
« Pas de problèmes, j'en parle à Elodie et je te tiens au courant ».
Mon coup de téléphone suivant fut pour mon ex copine. J'avais gardé d'excellentes relations avec elle, après tout nous nous étions séparé d'un commun accord sans réels griefs l'un pour l'autre. Je lui exposai mon problème, et réclamai son aide pour m'en sortir.
Elle accepta sans hésiter, me confiant même que cela pourrait être amusant.
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