Speed Dating

Chapitre 2

SAMEDI 11 HEURE

Un email illumine la messagerie d’Alexandre. Justine désire vraiment le revoir et partager la soirée avec lui. Elle passera le prendre à son domicile vers 19 heures pour aller au resto s’il accepte de lui donner son adresse et s’il éprouve encore les mêmes attirances… Trois points de suspension.

L’email et ses trois points de suspension font l’effet d’une bombe au 10 de la rue des Anciens combattants à Aix en Provence. Après avoir répondu au message de ses rêves en adressant en plus de son adresse, son numéro de téléphone portable, le plan du quartier et les coordonnées GPS de son logis, il fait une visite éclair chez le coiffeur et passe prendre un magnifique bouquet de douze roses rouges sang qu’il placera dans l’entrée en évidence pour qu’elle comprenne bien ses sentiments car il doute un peu de ses mots quand il est ému. La maison est alors rangée, nettoyée, aérée comme jamais elle ne l’avait été auparavant. Un SMS sur son portable lui indique qu’il doit porter sa cage de chasteté lorsqu’elle passera le prendre deux heures plus tard et qu’il doit prévoir de lui en donner les clés. Alexandre ému aux larmes croit rêver à sa lecture et n’en peut plus d’attendre. Les minutes de ces deux heures s’égrainent à une lenteur exaspérante.


19 HEURE 30

La sonnette tant espérée retentie enfin. Lorsqu’il ouvre la porte il croit rêver. Elle est bien là souriante en chair et en os, vêtue d’une longue robe noire et de très jolis escarpins blancs assortis à une large ceinture puis à ses bijoux.

- Puis-je entrer ? Demande Justine à Alexandre comme statufié sur le pas de la porte.

- Excuse-moi, j’allais t’en prier mais ton exquise beauté ma subjugué. Tu es encore plus belle que dans mes rêves.

- Tout chanteur vie aux dépens de celui qui l’écoute ! Que me réserve le beau parleur ?

- Rien, promis, excuse-moi, je suis troublé. Entre. Désires-tu prendre un verre ?

- Oui, volontiers, un coca ou un truc comme ça.

Justine profite de cet instant chez Alexandre pour le découvrir un peu plus avant d’aller plus loin dans l’aventure, une visite au domicile de quelqu’un dévoilant un peu sa personnalité. Le côté gauche d’Alexandre l’amuse et la rassure, il n’a rien d’un méchant ni d’un sadique bien au contraire.

- J’ai vu un joli bouquet de roses dans l’entrée, s’il est pour moi il manque quelque chose devant le vase !

- Il est bien pour toi, mais je ne vois pas ce qu’il manque. Une carte peut-être ? Répond Alexandre tout penaud.

- Les clés de ta cage de chasteté. J’ai vu sur internet que cela se ferme avec un cadenas et que les soumis en confient les clés à leur maîtresse. Si tu portes la tienne comme demandé et espères vivre une aventure ou plus avec moi, c’est le genre d’erreur qu’il ne faut pas commettre. Je suis très susceptible et soupe au lait.

- Pardon, je cours la chercher. Dois-je t’appeler maîtresse ?

- Pour l’instant appelle-moi simplement Justine car je ne sais pas encore comment tu dois m’appeler. En fait, j’avoue n’avoir aucune expérience dans le domaine de la domination et de la soumission mais je trouve cela très grisant.

- Pour moi, ce n’est qu’un jeu amoureux et une façon différente d’aimer. C’est quelque chose de magique à partager en couple.

- Nous ne sommes pas encore en couple, ne brule pas les étapes. Va me chercher tes clés ou cela va être ta fête ! Lance Justine en rigolant.

Si Justine dans sa fourberie ne fait que jouer la dominatrice, elle n’en est effectivement pas moins troublée. Quelque chose de nouveau la fait vibrer intérieurement même si affectivement elle ne s’investie nullement dans cette rencontre qu’elle qualifie d’un autre monde. Cette rencontre originale a follement amusé ses copines qui l’ont taquinée en lui demandant si elle sortirait en cuir avec des menottes et un fouet à la ceinture. Une franche rigolade s’en est suivie avec des suppositions et des délires féminins particulièrement coquins proches de l’hystérie collective. C’est autant par défi que pour l’expérience que Justine a accepté de sortir avec Alexandre ce soir. Ses copines lui ont dit qu’à défaut d’une bonne partie de jambes en l’air, elle pourrait au moins se faire lécher en jouant avec la clé de la cage de chasteté. Dans leurs délires de filles en folies, elles lui ont demandé si elle les inviterait à la léchouille partie. Justine a répondu, « quand il y en a pour une, il y en a pour trois » avant d’éclater de rire, mais d’un rire bruyant, un peu comme pour masquer sa gêne. Alternant entre réflexions et doutes, Justine sursaute, elle n’a pas vu arriver Alexandre. Il est là, debout, près d’elle, rouge écarlate avec la main tendue les clés au bout des doigts. N’osant lui demander s’il s’est réellement encagé, elle se lève d’un bond, prend les clés et sort sans tarder de l’appartement presque comme si elle fuyait l’endroit devenu psychologiquement malsain.


Le deuxième kir royal pris au restaurant « Les fleurs bleues » apaise les tensions d’un premier rendez-vous, le troisième délie les langues. Peu à peu l’échange devient complice, Alexandre se sent en confiance avec Justine et se dévoile en toute sincérité tandis que, sur la réserve, elle interprète ses mots comme des maux pervers qui titillent plus encore son envie de jouer au chat et à la souris. Restant sur l’esprit du speed dating et en quête de l’élue de son cœur, il exprime avec une totale spontanéité les sentiments qu’il éprouve à son égard depuis leur première rencontre. Convaincu qu’il ne recherche finalement lui aussi qu’un plan « fesses », Justine abonde dans son sens et joue à le provoquer pour tisser la toile malsaine d’un piège particulièrement pervers.

- Tu me tiens mille promesses mais qu’en est-il de tes sentiments réels ? Lance soudain Justine.

- Je te jure que mes intensions sont nobles et que j’éprouve de réels sentiments pour toi.

- Si tu veux m’aimer comme tu le décrits, il me faut me prouver que tu souhaites vraiment m'appartenir et que tu me fais assez confiance pour t’offrir totalement

- Met-moi à l’épreuve ! Demande à ton chevalier servant d’aller comme Hercule cueillir les pommes du jardin des Espérides gardées par le dragon.

- Faire référence au onzième travail d’Hercule ne t’expose guère surtout qu’Hercule après avoir tué le dragon envoya Atlas cueillir les pommes à sa place ! Non, je pense à quelque chose qui corresponde plus à tes propos d’homme soi-disant soumis.

- Je suis à tes ordres !

- Aurais-tu le courage de t’enchainer chez toi et te t’offrir à moi corps et âme ?

- Oui !

- Promis ?

- Juré car je ne désire ni ne peux me permettre de te décevoir au premier rendez-vous.

- Patiente un instant, il faut que je me rende aux toilettes.

L’absence de Justine ne dure que quelques minutes, minutes qu’il met à profit pour commander une bouteille de champagne non débouchée et régler la note alors que pour Justine, le besoin pressant était en fait le temps nécessaire pour téléphoner à ses copines. Charmé, totalement fasciné et envoûté, Alexandre poussé par l'exigence impérieuse des sens est dans un état si étrange qu’il est prêt à déplacer les montagnes si elle le lui demandait.

- Allez mon chou, allons chez toi tester ton courage. Murmure Justine à l’oreille de l’amoureux éperdu sous l’œil amusé du serveur qui croit voir là, un couple d’amoureux en fête.

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