Université d'été

Chapitre 3

Une lêchante nuit

Dans quel endroit de la maison me trouvais-je ? Un bureau, une chambre, un salon ? C'était la première fois que je rentrais dans la maison des Maîtres.

Peu de temps après, les Maîtres se mirent au lit : je me trouvais donc à leurs pieds, comme il se doit. C'est à la fois humiliant et rassurant. Humiliant d'être là simple " objet " et rassurant de se sentir protégé, surveillé. Ils discutèrent encore, mais je ne perçus que des bribes. Le lit se mit à émettre quelques grincements. Etant certain de l'absence d'activité sismique dans cette région de France, ma tête me fit comprendre qu'ils se donnaient des câlins. Le fameux proverbe dit : " turlutte avant d'aller au lit fait passer bonne nuit ". J'aurais bien aimé une petite turlutte aussi. " Mon pauvre Chris, ta nuit sera longue " ai-je marmonné.

Après un moment, plus rien, le calme, suivit rapidement d'un léger ronflement : Monsieur s'était endormi, ne se préoccupant plus de ma position et mon inconfort. Je me retournai plusieurs fois dans mes entraves afin d'évaluer mon environnement. A ma tête un mur, sur ma gauche une ou des armoires, à ma droite le lit des Maîtres. L'espace me permettait de me retourner, ce que je fis pendant un certain temps afin de trouver la position la moins pénible pour trouver le sommeil auquel j'avais droit après tout ce que j'avais subi.

J'ai encore demandé à Madame de faire preuve de gentillesse, et elle a fondu devant ma demande : elle m'a ôté la cagoule. Je me dis parfois que j'abuse ainsi de sa bonté et que si mon Maître n'avait pas été endormi, je n'aurais pas osé… Merci, Madame, Merci Maîtresse…

Le temps s'écoulait lentement. De temps à autre, je me redressais et passais ma langue sur les pieds de mon Maître. Je me recouchais, que faire d'autre ? Bercé par son doux ronflement, j'ai du finir par m'endormir.

A plusieurs reprises, je me réveillais, la camisole me rappelant ma condition. Ma tête était aussi un peu basse et j'ai du me servir du nounours comme oreiller. Pas évident de le mettre sur le petit coussin ! Il a bien fallu que je me serve de mes dents. Heureusement que je n'étais plus cagoulé ! Je n'y serais jamais parvenu.

Nouvel épisode de sommeil, toujours bercé par les respirations paisibles de mes Maîtres. Nouveau réveil : la soif. Que faire ? Rien n'indiquait un lever de soleil imminent. Ramper jusqu'à la cuisine, au pire j'aurais bu l'eau de mon ami le chat… ou je serai peut-être parvenu à boire au robinet, c'est fou ce qu'on sait faire avec sa bouche. Comme j'avais bien remarqué le fonctionnement du robinet de l'évier, je pensais la chose faisable. Mais que se passerait-il si Maîtresse ou Maître, intrigué par le bruit, se levait ? Je renonçai donc à mon projet et essayai à nouveau de me rendormir.

Pour saliver un brin, comme j'avais toujours la gorge sèche comme un tuyau de poêle, je léchai un par un les orteils de mon Maître. Cela me remémora les moments où, depuis mon arrivée, j'avais rendu hommage à son emblème masculin ou à sa rondelle avec ma langue. Et, de fait, cela me fit saliver !!! Merci Maître, dis-je alors à petite voix car je n'aurais pas voulu le réveiller.

Les heures passèrent, je passais du sommeil à l'éveil. Puis un mouvement vif venant du lit d'amour à ma droite me sortit de mon demi-sommeil. Maître, bien éveillé et la trique au garde à vous, m'ordonna de m'asseoir. Et c'est ainsi que commença un nouveau jour : dans un geste de profonde gratitude et de vénération, j'embrassais cette queue à qui je destinais ma journée…

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